« Je ne boite plus vraiment, sauf le soir, quand je suis fatigué. C’est normal ? »
Cette question revient souvent, parfois plusieurs mois après l’opération, chez des patients qui se sentent pourtant bien par ailleurs.
Une boiterie après une prothèse de hanche est effectivement fréquente pendant la récupération, mais ses causes peuvent être multiples.
✅ Voici pourquoi cette boiterie après une prothèse de hanche peut persister, ce qui est généralement rassurant et surtout, comment la rééducation peut aider à retrouver une marche plus naturelle.
📍En bref :
👉 Boiter après une prothèse de hanche est fréquent, surtout pendant les premières semaines et les premiers mois de récupération.
👉 La boiterie peut être liée à une faiblesse ou un déficit de contrôle des muscles stabilisateurs de la hanche, mais aussi à une douleur résiduelle, une raideur, un schéma de marche acquis avant l’intervention ou une appréhension.
👉 Plusieurs facteurs peuvent se combiner chez une même personne.
👉 La récupération de la marche repose généralement sur la récupération de la force, de la mobilité et du contrôle moteur, avec si nécessaire un travail spécifique de rééducation de la marche.
👉 Une boiterie qui apparaît brutalement, s’aggrave ou s’accompagne d’une douleur croissante doit être signalée au chirurgien ou au médecin.
Une boiterie fréquente, surtout au début
Après une prothèse totale de hanche, on imagine souvent que marcher sans boiter ira de soi dès que la douleur aura disparu.
Dans les faits, c’est plus progressif.
Les muscles autour de la hanche peuvent rester affaiblis après l’intervention et le patient peut avoir besoin de temps pour retrouver une marche fluide et symétrique.
Une étude récente a notamment retrouvé une démarche de type Trendelenburg chez environ un patient sur quatre, en moyenne un peu plus d’un an après une prothèse totale de hanche.
📌 Cela montre qu’une boiterie peut encore être présente à distance de l’intervention. Elle ne signifie toutefois pas nécessairement que la prothèse fonctionne mal : il faut surtout rechercher ce qui entretient le défaut de marche.
Les différents types de boiterie après une prothèse de hanche

Toutes les boiteries après prothèse de hanche ne se ressemblent pas et n’ont pas forcément la même origine.
La boiterie de Trendelenburg : le bassin qui bascule
C’est une forme de boiterie fréquemment observée après une prothèse de hanche.
Lorsque vous posez le pied du côté opéré, le bassin du côté opposé s’affaisse légèrement au lieu de rester stable.
La hanche semble alors avoir du mal à « tenir » le poids du corps.
Ce phénomène peut notamment être associé à une faiblesse ou à un déficit de contrôle des muscles abducteurs de la hanche, principalement les muscles fessiers qui participent à la stabilisation du bassin pendant l’appui.
📌 Le déficit ne correspond donc pas forcément uniquement à un manque de force : le contrôle musculaire pendant la marche est également important.

La boiterie de compensation : le buste qui se penche
Pour diminuer la demande exercée sur les muscles stabilisateurs de la hanche, certains patients penchent spontanément le buste vers le côté opéré pendant l’appui.
C’est une adaptation du corps qui peut être utile à court terme pour faciliter la marche.
Le problème apparaît lorsque cette stratégie persiste alors que les capacités musculaires et la douleur permettent à nouveau une marche plus normale.
Le travail de rééducation consiste alors notamment à retrouver un meilleur contrôle du bassin et du tronc pendant la marche.
La boiterie de protection : le pas qui se raccourcit
Ici, le problème est davantage lié à la douleur résiduelle ou à l’appréhension.
Le patient réduit le temps passé sur la jambe opérée, raccourcit son pas ou transfère rapidement son poids sur l’autre jambe.
On parle de boiterie antalgique lorsqu’elle est principalement liée à la douleur.
Ce schéma peut progressivement devenir une habitude, notamment lorsque le patient a marché de cette manière pendant plusieurs semaines ou plusieurs mois avant et après l’opération.
La boiterie liée à la raideur
Une limitation de mobilité peut également modifier la marche.
Une hanche qui manque notamment d’extension peut limiter le déroulement normal du pas et donner une démarche plus raide, avec une diminution de la longueur du pas.
Cette situation est différente d’une boiterie principalement liée à un déficit des abducteurs : le bilan permet justement de déterminer quel facteur joue le rôle principal.
Pourquoi boite-t-on après une prothèse de hanche ?
Plusieurs facteurs peuvent se combiner.
Une faiblesse musculaire
Les muscles stabilisateurs de la hanche peuvent être affaiblis avant même l’opération.
Une hanche douloureuse est souvent moins sollicitée pendant plusieurs mois, voire plusieurs années. Après l’intervention, cette faiblesse peut persister et limiter la capacité à stabiliser correctement le bassin pendant la marche.
Une fatigue ou une douleur au niveau des muscles fessiers peut également accompagner cette période de récupération.
🧷J’explique les principales causes dans cet article : Douleur au fessier après une prothèse de hanche : ce qu’il faut savoir.
La récupération musculaire est progressive.
La voie d’abord chirurgicale peut également influencer la récupération de certains muscles.
Dans une petite étude prospective portant sur 20 patients opérés par voie antérolatérale, la force des abducteurs augmentait dès 3 mois après l’intervention et continuait de progresser à 6 mois.
Une ancienne habitude de marche
Avant la prothèse, certains patients ont marché pendant longtemps avec une douleur, une limitation de mobilité ou une appréhension.
Le corps a alors appris à utiliser des stratégies de compensation.
Après l’intervention, la douleur peut disparaître relativement rapidement alors que le schéma de marche reste présent.
Il faut alors progressivement réapprendre à marcher différemment, et pas uniquement attendre que la douleur disparaisse.
Une appréhension
Après une chirurgie de la hanche, il est normal de ne pas faire immédiatement confiance à son articulation.
Certains patients restent prudents lorsqu’ils prennent appui sur la jambe opérée, notamment lors des premiers mois.
Cette appréhension peut conduire à réduire le temps d’appui, raccourcir le pas ou limiter certains mouvements.
Une raideur ou une mobilité encore limitée
La récupération de la mobilité peut également prendre du temps.
Une limitation persistante de certains mouvements de hanche peut modifier la longueur du pas et la façon dont le membre inférieur accompagne le mouvement.
Une différence de longueur des membres
Une différence de longueur des jambes peut également influencer la marche.
Elle n’est cependant pas la seule explication possible d’une boiterie après une prothèse de hanche. Une évaluation clinique est nécessaire pour déterminer si elle joue réellement un rôle dans le trouble observé.
Comment repérer sa propre boiterie ?
Il est souvent difficile de juger soi-même sa démarche.
Une solution simple consiste à se filmer en train de marcher, de face, de dos et de profil, sur quelques mètres.
Vous pouvez notamment observer :
- si le bassin reste stable ;
- si le buste se penche d’un côté ;
- si les pas sont de longueur similaire ;
- si vous restez moins longtemps sur la jambe opérée ;
- si vous utilisez encore une stratégie de protection.
Un proche peut également observer votre marche.
Mais le plus intéressant reste souvent le bilan réalisé par un kiné, qui peut analyser précisément le type de boiterie, tester la force et la mobilité de la hanche et observer la façon dont ces capacités sont utilisées pendant la marche.
📌 L’objectif est de ne pas simplement « renforcer les fessiers » au hasard, mais d’identifier ce qui limite réellement la qualité de la marche.
Ce qui est normal, et ce qui doit alerter
Une boiterie après prothèse de hanche qui s’améliore progressivement au fil des semaines et des mois peut faire partie du processus normal de récupération.
Il est notamment possible de remarquer davantage la boiterie lorsque l’on est fatigué, après une longue marche ou en fin de journée.
En revanche, il est préférable de demander un avis médical si :
- la boiterie apparaît brutalement ;
- elle s’aggrave alors qu’elle s’améliorait auparavant ;
- une douleur augmente progressivement ;
- une sensation d’instabilité apparaît ;
- un gonflement inhabituel survient ;
- les capacités fonctionnelles diminuent sans explication évidente.
Dans ces situations, il ne faut pas simplement augmenter les exercices de rééducation sans chercher à comprendre pourquoi la situation évolue.
Une boiterie qui apparaît des années après l’opération : un cas différent
Une nouvelle boiterie plusieurs années après une prothèse de hanche, alors que la marche était redevenue normale, mérite une attention particulière.
Ce n’est pas forcément lié à la prothèse.
Plusieurs causes sont possibles : problème musculaire ou tendineux, nouvelle douleur articulaire, problème provenant d’une autre articulation ou, dans certains cas, complication liée à la prothèse.
Parmi les complications possibles à distance figurent notamment l’usure ou le descellement de la prothèse.
Une reprise des douleurs associée à une nouvelle difficulté à marcher doit donc conduire à demander un avis médical ou chirurgical.
📌 Ce n’est pas nécessairement un motif de panique, mais ce n’est pas non plus une situation dans laquelle il est préférable de simplement reprendre des exercices seul sans chercher la cause.
Comment un kiné peut corriger la marche ?
En bilan, je passe autant de temps à observer la marche qu’à tester la force.
Les deux ne racontent pas toujours la même chose.
Un patient peut par exemple avoir une force relativement satisfaisante lors d’un test sur table, mais continuer à boiter lorsqu’il marche.
Dans ce cas, le problème peut davantage concerner le contrôle du mouvement, la coordination ou le maintien d’une ancienne stratégie de marche.
Le renforcement musculaire
Le travail commence généralement par un renforcement adapté des muscles stabilisateurs de la hanche.
Les exercices sont progressivement réalisés :
- dans des positions simples ;
- puis en charge ;
- puis dans des situations plus proches de la marche ;
- enfin dans des activités fonctionnelles adaptées aux objectifs du patient.
📌 L’objectif n’est pas simplement d’avoir des muscles plus forts, mais d’être capable de les utiliser efficacement pendant les activités quotidiennes.
Le travail du contrôle du bassin
Les exercices en appui sur une jambe peuvent notamment permettre de travailler le contrôle du bassin.
Le patient apprend progressivement à maintenir une position stable tout en contrôlant les mouvements du membre inférieur.
La rééducation de la marche
Le renforcement seul ne suffit pas toujours.
La marche elle-même doit parfois être rééduquée.
Le travail peut notamment être réalisé devant un miroir afin de donner un retour visuel immédiat au patient.
On peut également utiliser des consignes simples :
- regarder devant soi plutôt que ses pieds ;
- rechercher des pas plus symétriques ;
- contrôler le transfert du poids ;
- retrouver progressivement un temps d’appui équilibré ;
- diminuer progressivement les compensations du tronc.
La difficulté consiste à ne pas vouloir retrouver immédiatement une marche parfaite.
Il est souvent plus efficace de commencer lentement, avec une bonne qualité de mouvement, puis d’augmenter progressivement la vitesse et la distance.
Le sevrage des cannes
Les cannes sont utiles pendant la phase de récupération, mais leur utilisation doit évoluer avec les capacités du patient.
Les conserver trop longtemps par simple appréhension peut parfois entretenir certaines stratégies de compensation.
À l’inverse, vouloir s’en débarrasser trop rapidement peut provoquer une boiterie importante.
Le sevrage doit donc être progressif et adapté aux capacités du patient, en fonction notamment de la douleur, de la force, de l’équilibre et des recommandations de l’équipe médicale.
Les erreurs fréquentes qui entretiennent la boiterie
Continuer à utiliser une canne par simple prudence
La canne peut être indispensable au début, mais son utilisation doit progressivement diminuer lorsque le patient est capable de marcher correctement sans elle.
L’objectif n’est pas de supprimer la canne le plus rapidement possible, mais de l’utiliser lorsque c’est nécessaire puis de réduire progressivement son utilisation.
Marcher trop vite
Certains patients cherchent à retrouver immédiatement leur vitesse de marche habituelle.
Pourtant, lorsqu’une boiterie est encore présente, la qualité du pas est souvent plus importante que la vitesse.
Marcher plus lentement permet parfois de mieux contrôler le bassin, le transfert du poids et la symétrie des pas.
Se contenter d’attendre
La récupération naturelle joue évidemment un rôle important.
Mais lorsqu’un déficit de force, de mobilité ou de contrôle persiste, un travail spécifique peut être nécessaire pour retrouver une marche fonctionnelle.
L’objectif de la rééducation n’est donc pas seulement d’attendre que les tissus cicatrisent : il s’agit également de récupérer progressivement les capacités nécessaires à la marche.
Combien de temps avant de marcher normalement après une prothèse de hanche ?

Il n’existe pas de délai identique pour tout le monde.
La récupération dépend notamment :
- de l’état musculaire avant l’intervention ;
- de l’âge et de l’état général ;
- de la douleur ;
- de la mobilité de la hanche ;
- de la voie d’abord chirurgicale ;
- du niveau d’activité avant l’opération ;
- de la qualité et de la régularité de la rééducation ;
- de la présence éventuelle de complications.
Chez de nombreux patients, la marche continue de s’améliorer pendant plusieurs mois.
La vitesse de marche, la longueur du pas et la symétrie peuvent encore progresser jusqu’à environ 12 mois après l’intervention.
Cela ne signifie évidemment pas qu’il faut attendre un an pour récupérer sa marche : la récupération est progressive et le travail actif réalisé pendant cette période participe justement à cette amélioration.
Le mot du kiné 💬
Ce que je vois le plus souvent, c’est un patient qui s’excuse presque de boiter encore, comme si c’était un échec personnel.
Ce n’en est pas un.
Une boiterie après une prothèse de hanche ne signifie pas forcément que quelque chose ne va pas avec la prothèse.
Elle peut simplement traduire un déficit de force, de mobilité ou de contrôle de la marche qui mérite d’être identifié précisément.
Le plus important est donc de ne pas s’inquiéter en silence et de ne pas chercher à multiplier les exercices au hasard.
Faire objectiver la cause de la boiterie permet généralement de cibler beaucoup plus précisément la rééducation.
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Antoine Al Wazzan
Masseur-kinésithérapeute du sport – Marseille
Fondateur de MonConseilKiné
Kinésithérapeute spécialisé dans le sport et la prise en charge des douleurs chroniques. Cet article est rédigé à partir de la pratique clinique quotidienne et des données de la littérature scientifique internationale.
Pour toute question, vous pouvez me contacter par mail : monconseilkine@hotmail.com
❓FAQ – Boiterie après une prothèse de hanche
Combien de temps dure la boiterie après une prothèse de hanche ?
La durée est variable selon les patients. Une boiterie après prothèse de hanche peut persister plusieurs semaines ou plusieurs mois, avec une amélioration progressive de la marche.
La récupération fonctionnelle peut continuer jusqu’à environ un an après l’intervention.
Pourquoi je boite encore plusieurs mois après l’opération ?
Les causes peuvent être multiples : faiblesse des muscles stabilisateurs de la hanche, déficit de contrôle du mouvement, douleur résiduelle, raideur, appréhension ou ancienne habitude de marche.
Un bilan permet de déterminer le facteur principal.
La boiterie après une prothèse de hanche part-elle toute seule ?
Elle peut s’améliorer progressivement avec la récupération naturelle, mais lorsqu’un déficit de force, de mobilité ou de contrôle persiste, une rééducation active peut être nécessaire pour retrouver une marche plus efficace.
Pourquoi je boite davantage le soir après ma prothèse de hanche ?
La fatigue peut rendre plus difficile le contrôle des muscles de la hanche et favoriser le retour de certaines compensations.
Si la boiterie reste légère et diminue avec la récupération, cela peut faire partie du processus normal. En revanche, une aggravation progressive ou l’apparition de nouvelles douleurs mérite un avis médical.
Quand faut-il s’inquiéter d’une boiterie après une prothèse de hanche ?
Il est préférable de consulter si la boiterie apparaît brutalement, s’aggrave après une période d’amélioration ou s’accompagne notamment d’une douleur croissante, d’une sensation d’instabilité ou d’un gonflement inhabituel.
Une boiterie qui apparaît des années après la prothèse est-elle forcément liée à la prothèse ?
Non.
Une nouvelle boiterie plusieurs années après l’intervention peut avoir différentes causes. Elle peut notamment être liée à un problème musculaire ou tendineux, à une autre articulation ou, dans certains cas, à une complication de la prothèse comme une usure ou un descellement.
Une évaluation médicale permet de déterminer l’origine du problème.
Quel exercice faire pour ne plus boiter après une prothèse de hanche ?
Il n’existe pas un exercice unique adapté à toutes les boiteries.
Le choix dépend de la cause : déficit des abducteurs, manque de contrôle du bassin, douleur, raideur, appréhension ou problème de coordination pendant la marche.
C’est pourquoi un bilan kiné est particulièrement utile pour choisir les exercices adaptés.
À retenir
Une boiterie après une prothèse de hanche est fréquente pendant la récupération et ne signifie pas nécessairement que la prothèse pose problème.
Les causes peuvent être multiples : faiblesse musculaire, déficit de contrôle du bassin, douleur, raideur, appréhension ou ancienne habitude de marche.
La bonne stratégie consiste à identifier la cause, puis à associer renforcement musculaire, travail du contrôle moteur et rééducation de la marche lorsque cela est nécessaire.
En revanche, une boiterie nouvelle, brutale ou associée à une augmentation des douleurs doit faire rechercher une autre cause auprès d’un professionnel de santé.
📚 Sources scientifiques et médicales
- Fujita K. et al. Trendelenburg gait after total hip arthroplasty due to reduced muscle contraction of the hip abductors and extensors. PubMed.
- Abductor muscle function after anterolateral approach in patients undergoing total hip arthroplasty. Frontiers in Surgery.
- Assurance Maladie. Traitement de l’arthrose de la hanche.
- Double Row Hip Abductor Reconstruction for Severe Trendelenburg after Hip Arthroplasty. PMC.
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