Après une prothèse du genou, c’est l’une des questions que j’entends le plus souvent en cabinet :
« Combien de séances de kiné il me faudra ? 20 ? 30 ? 40 ? »
Vous avez besoin de savoir où vous allez. Vous devez organiser vos déplacements, parfois votre travail, votre aide à domicile, vos activités. Et c’est normal d’avoir peur de « ne pas faire assez »… ou au contraire de « passer sa vie chez le kiné ».
La réalité, c’est qu’il n’existe pas un chiffre magique identique pour tout le monde.
En revanche, il existe :
- des phases de rééducation assez constantes ;
- des fourchettes réalistes de séances ;
- des repères concrets pour savoir si votre évolution est cohérente.
Dans cet article, je vous explique tout cela en tant que kinésithérapeute du sport, en restant honnête : sans promesse, sans catastrophisme, et en vous donnant des repères utilisables au quotidien.
Pourquoi on se pose autant la question du nombre de séances
La prothèse du genou n’est pas une petite intervention. Elle implique :
- une chirurgie lourde sur l’articulation ;
- une douleur post-opératoire parfois importante ;
- un gonflement (œdème) assez impressionnant au début ;
- une perte de force et de mobilité ;
- une fatigue générale, physique et morale.
On aimerait tous que l’histoire se résume à :
« On remplace l’articulation, on fait quelques séances de kiné, et tout redevient comme avant en 3 semaines ».
Dans la vraie vie, la récupération se compte plutôt en mois qu’en jours. Et c’est là que la question du nombre de séances arrive :
- « Est-ce que je fais assez de kiné ? »
- « Pourquoi mon voisin a eu 40 séances et moi seulement 20 ? »
- « Est-ce normal d’avoir encore mal alors que j’ai déjà terminé mes séances ? »
📌 L’objectif de cet article, ce n’est pas de vous donner une obligation (« il faut X séances »), mais de vous offrir une feuille de route réaliste.
Les grandes phases de la rééducation après prothèse du genou

Phase 1 : les premiers jours après l’opération (hôpital / clinique)
Cette première phase se déroule à l’hôpital ou en clinique, juste après l’intervention.
Les objectifs sont :
- contrôler la douleur et l’inflammation ;
- commencer à mobiliser le genou en flexion / extension ;
- remettre en route la marche avec aides (déambulateur, puis béquilles) ;
- prévenir les complications (phlébite, raideur importante…).
La kinésithérapie est alors intégrée à votre hospitalisation. Les séances sont souvent quotidiennes (parfois deux fois par jour), mais on ne les compte pas dans les « 20 ou 30 séances » dont on parle en ville.
À ce stade, rien n’est figé pour la suite : on commence simplement à réveiller le genou, le corps, la marche.
Phase 2 : les premières semaines (0 à 6 semaines)
C’est une phase clé… et souvent la plus inconfortable pour le patient :
- douleurs variables, souvent plus fortes la nuit ou en fin de journée ;
- impression de genou gonflé, lourd, « qui tire » ;
- difficulté à bien tendre la jambe ou à plier le genou ;
- grande fatigue, parfois baisse de moral.
Cette phase peut se dérouler :
- en centre de rééducation (séjour complet), ou
- directement en kinésithérapie libérale après le retour à domicile.
Les objectifs sont :
- récupérer une extension complète (bien tendre la jambe) ;
- gagner progressivement en flexion (viser d’abord 90°, puis plus) ;
- sécuriser la marche avec béquilles, puis alléger progressivement l’appui ;
- relancer la contraction du quadriceps, des fessiers, du mollet ;
- gérer au mieux douleur et gonflement.
📌 La fréquence de kiné est en général de 2 à 4 séances par semaine, selon votre état, votre organisation et l’avis du chirurgien.
Exemple de cabinet
Je pense à Mme L., 72 ans, très anxieuse après sa prothèse. Elle avait peur de plier le genou, répétait : « si je force, ça va casser ». Les premières séances ont surtout été consacrées à lui expliquer ce qui se passait dans son genou, à avancer en douceur, 10 à 15° de flexion gagnés semaine après semaine.
Sa progression n’avait rien de « spectaculaire ». C’était simplement celle d’un genou opéré qui progresse à son rythme. Et c’est ce qu’on voit très souvent.
Phase 3 : de 6 semaines à 3–6 mois
Progressivement, vous commencez à ressentir une vraie différence :
- la marche devient plus fluide ;
- la douleur ne prend plus toute la place ;
- vous reprenez confiance pour les escaliers, les trajets un peu plus longs.
Les objectifs de cette phase :
- abandonner les béquilles (si ce n’est pas déjà fait) ;
- renforcer l’ensemble de la chaîne : quadriceps, ischios, fessiers, mollets ;
- travailler l’équilibre et la proprioception ;
- retrouver une autonomie complète dans la vie quotidienne ;
- parfois, préparer la reprise de certaines activités physiques (vélo, marche plus sportive, natation).
📌 La fréquence des séances diminue progressivement : on passe souvent à 1 ou 2 séances par semaine, avec un programme d’exercices à domicile plus important.
Combien de séances de kiné prévoir en pratique ?

Des repères chiffrés (20, 30, 40 séances…)
En France, pour une prothèse du genou :
- on retrouve souvent une fourchette de 20 à 40 séances de kiné en ville ;
- sur une durée globale de 3 à 6 mois de rééducation ;
- avec une fréquence initiale de 2–3 séances / semaine, puis un espacement progressif.
Concrètement, cela peut ressembler à :
- un premier « bloc » de 15 à 20 séances dans les 2–3 premiers mois ;
- puis une prolongation de 10 à 20 séances pour :
- finir de récupérer la flexion,
- renforcer la musculature,
- améliorer l’endurance à la marche,
- sécuriser les escaliers,
- accompagner la reprise d’activité.
Ce ne sont que des ordres de grandeur. Certaines personnes auront besoin de moins, d’autres de plus, sans que ce soit « mieux » ou « pire ».
Exemple fréquent
À l’inverse de Mme L., j’ai suivi un patient de 58 ans, très actif, qui avait gardé une bonne musculature malgré la douleur d’arthrose.
Il a récupéré rapidement :
- marche sans béquille vers 4 semaines ;
- flexion à plus de 110° vers 2 mois ;
- autonomie complète au quotidien à 3 mois.
Pour lui, une vingtaine de séances ont suffi. Ce n’est pas un « record », c’est surtout le reflet de son terrain favorable, de son engagement dans les exercices, et de la qualité de la chirurgie.
Pourquoi le nombre de séances varie d’une personne à l’autre
Plusieurs éléments expliquent cette variabilité.
1. le type de prothèse
- Prothèse totale du genou (PTG)
- Prothèse unicompartimentale (PUC), parfois un peu plus « légère » en termes de récupération
2. l’état du genou avant l’opération
Un genou déjà très raide, très douloureux, avec un quadriceps peu musclé, demandera souvent plus de travail qu’un genou encore assez mobile.
3. votre condition générale
Surpoids important, pathologies cardiovasculaires, diabète, autres douleurs articulaires (hanche, dos…) peuvent ralentir la récupération et rendre la rééducation plus longue.
4. l’auto-rééducation
C’est un point majeur :
- un patient qui répète régulièrement les exercices conseillés progresse en général plus vite ;
- un genou laissé « trop au repos » a tendance à s’enraidir et se déconditionner.
5. le contexte de prise en charge : centre de rééducation vs kiné en cabinet
Après une prothèse du genou, il existe deux parcours possibles juste après l’hospitalisation.
Vous allez en centre de rééducation (SSR) pendant 2 à 4 semaines
Dans ce cas, vous bénéficiez d’une rééducation quotidienne, parfois même deux séances par jour :
- Mobilité (flexion/extension).
- Travail de la marche et de l’appui.
- Renforcement musculaire.
- Gestion de la douleur et de l’œdème/
Vous arrivez ensuite en kiné libéral avec un genou qui a déjà bien avancé.
📌 Conséquence : moins de séances en cabinet, en moyenne 10 à 20 séances suffisent, puisque la phase initiale (la plus longue) a déjà été faite en intensif.
Vous rentrez directement à domicile (sans centre)
Dans ce cas, tout le début de la rééducation se fait en cabinet :
- récupérer l’extension complète,
- gagner la flexion,
- apprendre la marche avec béquilles puis sans,
- renforcer l’ensemble de la chaîne musculaire,
- gérer douleur et gonflement.
La progression est souvent bonne, mais elle suit un rythme réaliste de quelques séances par semaine.
📌 Conséquence : plus de séances en cabinet, généralement 20 à 40 séances, car le kiné libéral doit reprendre toutes les étapes depuis le début.
Repères de progression réalistes (et flexibles)
Je donne souvent à mes patients quelques repères très généraux :
- 1–2 semaines : marche avec 2 béquilles, flexion autour de 60–80° ;
- 3–4 semaines : flexion 80–100°, marche plus fluide, douleur plus prévisible ;
- 4–6 semaines : passage à 1 béquille si possible, flexion 100–110° selon tolérance ;
- 6–12 semaines : marche indépendante, escaliers mieux tolérés, renforcement plus solide ;
- 3 à 6 mois : autonomie complète pour la vie quotidienne, à son rythme.
📌 Ce ne sont pas des « objectifs à atteindre coûte que coûte ». Ce sont des balises : si vous êtes un peu en retrait, ce n’est pas forcément inquiétant ; si vous êtes très en retard, votre kiné et votre chirurgien adapteront la stratégie.
À quoi ressemblent concrètement les séances de kiné ?
Travail de la mobilité
- mobilisation douce de la flexion et de l’extension ;
- exercices actifs : faire glisser le pied, pédalier, mouvements sur chaise ;
- parfois mobilisation manuelle par le kiné.
Renforcement musculaire
- quadriceps (face antérieure de la cuisse) ;
- ischios (face postérieure) ;
- fessiers, mollets ;
- travail progressif : d’abord en chaîne ouverte, puis en appui (step, mini-squats adaptés…).
Rééducation de la marche
- apprentissage du bon schéma de marche ;
- gestion des béquilles (2, puis 1, puis aucune) ;
- travail sur tapis, en extérieur, sur différents sols.
Équilibre et proprioception
- appui sur une jambe (progressif) ;
- exercices sur surfaces légèrement instables (coussin, tapis).
Gestion de la douleur et de l’œdème
- conseils sur la glace, l’élévation, la compression ;
- rythme d’activité / repos ;
- ajustement de la charge d’exercices.
Exemple réel
Certains patients me disent : « J’ai l’impression qu’on fait toujours la même chose ».
En réalité, on garde parfois les mêmes mouvements, mais ce qui change, c’est :
- l’amplitude ;
- le temps sous tension ;
- la charge ;
- la qualité de l’exécution.
C’est exactement ce qui fait progresser un genou opéré sans le traumatiser.
L’auto-rééducation à la maison : un élément central
Entre les séances, votre rôle est essentiel. Les exercices à domicile peuvent inclure :
- flexion/extension du genou sur chaise ou sur le lit ;
- contractions musculaires simples (quadriceps, fessiers) ;
- petites marches régulières dans la maison puis à l’extérieur ;
- vélo d’appartement, selon l’accord du chirurgien.
Vélo d’appartement compact (si validé par l’équipe soignante)
Si votre chirurgien et votre kiné vous y autorisent, un vélo d’appartement compact peut être un excellent outil pour :
- entretenir la mobilité du genou ;
- améliorer progressivement l’endurance ;
- varier les exercices à domicile.
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Ce type de matériel ne remplace pas les séances de kiné ni les consignes médicales, mais il peut être un bon complément, surtout à partir de quelques semaines post-opératoires.
Quand prolonger la kiné… et quand on peut l’alléger
On prolonge souvent la kiné quand :
- la flexion reste limitée pour s’asseoir, monter les escaliers, s’accroupir légèrement ;
- la force musculaire reste insuffisante (difficulté pour se relever d’une chaise, monter une marche) ;
- la marche prolongée reste très douloureuse ou boitillante ;
- le patient souhaite reprendre une activité plus exigeante (randonnée, danse douce, marche sportive).
On peut réduire progressivement quand :
- la marche est indépendante et fluide ;
- les activités quotidiennes (courses, ménage léger, déplacements) sont possibles sans gêne majeure ;
- les exercices à domicile sont bien compris et bien réalisés ;
- la douleur devient modérée et supportable.
L’idée n’est pas de couper du jour au lendemain, mais de diminuer la fréquence :
- de 2–3 séances / semaine à 1 séance / semaine ;
- puis à 1 séance tous les 15 jours pour ajuster et sécuriser la progression.
🩺 Quand consulter en urgence après une prothèse du genou ?
Certaines situations imposent de contacter rapidement un médecin, votre chirurgien ou les urgences :
- douleur brutale dans le mollet, associée à un gonflement, une chaleur locale, une sensation de tension → suspicion de phlébite ;
- fièvre, frissons, malaise + genou très chaud, rouge, douloureux au moindre contact → suspicion d’infection de la prothèse ;
- essoufflement brutal, douleur thoracique, malaise → urgence vitale (embolie possible) ;
- chute avec impossibilité d’appuyer sur la jambe ou de bouger le genou.
📌 Dans ces cas-là, la priorité n’est plus la rééducation, mais l’avis médical en urgence. Un article ne remplacera jamais un examen clinique.
Gérer la douleur et le gonflement au quotidien
En plus des médicaments prescrits par votre médecin ou votre chirurgien, quelques mesures simples peuvent aider à lutter :
- surélever régulièrement la jambe ;
- fractionner les efforts (plutôt plusieurs petites sorties qu’une très longue) ;
- appliquer du froid après les séances ou les exercices (avec précautions).
Poches de froid réutilisables
Pour appliquer du froid facilement sur le genou, j’oriente souvent les patients vers des poches de froid réutilisables qui épousent bien la forme de l’articulation.
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Toujours :
- protéger la peau avec un linge ;
- respecter la durée d’application recommandée par votre médecin ou votre kiné ;
- ne pas s’endormir avec la poche en place.
🧷 Passer par ce lien n’augmente pas le prix et m’aide à faire vivre le site. 😉
Chirurgien / kiné : qui décide quoi ?
Le chirurgien :
- fixe les restrictions (appui, mouvements à éviter au début) ;
- gère le suivi médical, les ordonnances, les examens complémentaires ;
- surveille les signes de complication.
Le kinésithérapeute :
- adapte les exercices à votre tolérance ;
- dose les charges, le rythme de progression ;
- vous aide à récupérer mobilité, force, équilibre, marche ;
- répond à vos questions sur le quotidien, la reprise des activités.
📌 Ces rôles sont complémentaires : le chirurgien assure la sécurité médicale, le kiné accompagne la récupération fonctionnelle dans la durée.
En résumé clinique
La grande majorité des patients suit un parcours « normal » : des semaines parfois difficiles, des douleurs fluctuantes, la sensation que ça n’avance pas assez vite… puis, peu à peu, un genou plus souple, plus fort, plus fiable.
Le nombre de séances — 20, 30, 40 — reste un outil, pas un objectif en soi.
L’important est :
- votre progression globale (marche, escaliers, autonomie) ;
- la qualité du travail en séance ;
- votre engagement raisonnable dans les exercices à domicile.
🧷 Et si vos douleurs de genou ne sont pas liés à une prothèse, je présente d’autres explications possibles dans mon article sur les autres douleurs du genou.
Le mot du kiné 💬
Vous avez le droit de douter, de vous demander si vous « faites assez », de vous comparer à d’autres.
Mais ce que je vois, semaine après semaine en cabinet, c’est surtout ça :
- des patients qui avancent, chacun à leur rythme ;
- des moments de découragement, puis de vraies satisfactions ;
- un genou qui, mois après mois, devient un appui de plus en plus solide.
Le nombre de séances que vous ferez ne dira rien de votre courage ni de votre valeur. C’est juste un cadre pour accompagner votre récupération.
Si vous avez l’impression de stagner, si quelque chose vous inquiète : parlez-en avec votre kiné et votre chirurgien. On est là pour ça.
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Antoine Al Wazzan
Masseur-kinésithérapeute du sport
Fondateur de MonConseilKiné
–
FAQ – questions fréquentes des patients
Est-ce que 20 séances de kiné peuvent suffire après une prothèse du genou ?
Oui, pour certains patients, une vingtaine de séances peuvent suffire, surtout s’ils récupèrent vite, qu’ils étaient bien préparés et qu’ils sont très réguliers dans leurs exercices à domicile. D’autres auront besoin de 30 ou 40 séances. Ce n’est ni mieux ni pire, juste adapté à leur situation.
Combien de temps dure la rééducation complète ?
On compte généralement 3 à 6 mois pour retrouver un confort de marche, des escaliers mieux tolérés et une autonomie complète au quotidien. L’amélioration continue souvent au-delà : beaucoup de patients sentent leur genou évoluer encore jusqu’à un an après l’opération.
Faut-il forcément aller en centre de rééducation après une prothèse du genou ?
Non, ce n’est pas obligatoire. Certains profils bénéficient d’un séjour en centre (terrain fragile, isolement, difficultés d’organisation à domicile). D’autres peuvent tout à fait rentrer chez eux et être suivis uniquement en kinésithérapie libérale. C’est une décision qui se prend avec le chirurgien et l’équipe médicale selon votre situation.
Sources scientifiques et médicales 📕
- Haute Autorité de Santé (HAS) – Rééducation après arthroplastie totale du genou https://www.has-sante.fr/jcms/c_1746873/fr/prise-en-charge-therapeutique-de-l-arthrose-du-genou.
- Bade MJ, Stevens-Lapsley JE. Early high-intensity rehabilitation following total knee arthroplasty improves outcomes. JOSPT, 2011. https://www.jospt.org/doi/10.2519/jospt.2011.3734.

