Sentir son mollet qui brûle alors qu’on est au repos, assis sur le canapé ou allongé dans son lit, fait rarement partie des sensations “rassurantes”. Beaucoup de patients arrivent au cabinet en me disant :
“J’ai comme une chaleur, une brûlure dans le mollet, surtout quand je suis tranquille… J’ai peur que ce soit une phlébite.”
C’est une inquiétude légitime. La bonne nouvelle, c’est que toutes les brûlures dans le mollet ne sont pas graves. Mais certaines situations doivent être prises au sérieux.
🧷 Pour les patients qui ressentent plutôt une gêne ou une douleur non brûlante, j’ai rédigé un article spécifique sur la douleur au mollet au repos, qui permet de comprendre d’autres situations proches.
L’objectif de cet article n’est pas de vous diagnostiquer à distance, mais de vous aider à :
- mieux décrire ce que vous ressentez,
- comprendre les causes fréquentes et celles qui sont plus préoccupantes,
- savoir quand consulter, et
- voir ce qu’un kiné peut faire quand le bilan médical est rassurant.

Mollet qui brûle au repos : de quoi parle-t-on exactement ?
Sensation de brûlure, chaleur, fourmillements : bien décrire ce que vous ressentez
En consultation, la première étape, c’est de clarifier votre ressenti. Le mot “brûlure” peut recouvrir des situations très différentes :
- impression de chaleur interne dans le mollet,
- picotements / fourmillements qui “chauffent”,
- douleur plus superficielle, comme une irritation de la peau,
- sensation de crampe qui chauffe après un effort,
- douleur lancinante avec rougeur et chaleur locale.
📌 Plus vous êtes précis dans votre description, plus votre médecin ou votre kiné peut se faire une idée des mécanismes en jeu : musculaires, veineux, nerveux, cutanés…
Différence entre brûlure après effort et brûlure au repos
Il est très important de distinguer :
- La brûlure pendant ou juste après un effort (course à pied, marche en côte, sport…)
- La brûlure qui apparaît alors que vous êtes au repos, parfois même la nuit.
Chez le sportif, par exemple, la brûlure du mollet pendant un fractionné est souvent liée à une simple surcharge musculaire. Ce n’est pas le sujet principal ici.
Ce qui inquiète la plupart des patients, c’est :
“Je n’ai rien fait de spécial, et d’un coup j’ai une brûlure dans le mollet alors que je suis immobile.”
C’est là qu’on va distinguer ce qui est fréquent et bénin de ce qui nécessite un avis médical plus rapide.
Les causes fréquentes et le plus souvent bénignes

Conséquences d’un effort récent : microlésions musculaires, courbatures, crampes
Même si vous êtes au repos au moment où vous sentez la brûlure, la cause peut remonter à un effort de la veille ou des jours précédents :
- séance de course plus longue que d’habitude,
- marche prolongée en vacances,
- reprise de sport après une période d’arrêt,
- chaussure moins adaptée.
Les microlésions musculaires (courbatures) ou les contractures peuvent donner une sensation de brûlure, parfois plus marquée quand vous êtes immobile ou la nuit.
En général, dans ce cas :
- le mollet est sensible à la palpation,
- la brûlure varie si vous étirez un peu le muscle,
- il n’y a ni rougeur, ni gonflement important, ni fièvre.
📌 C’est désagréable, mais le plus souvent sans gravité, surtout si le contexte sportif est évident. Un kiné peut vous aider à ajuster la charge, à récupérer, et à prévenir la récidive.
Circulation veineuse un peu ralentie : jambes lourdes, station debout prolongée
Une autre cause fréquente de “brûlure” ou de chaleur dans la jambe au repos est liée à la circulation veineuse :
- longues stations debout au travail,
- position assise prolongée (bureau, trajet en voiture, avion),
- chaleur,
- antécédents de jambes lourdes ou de varices.
Dans ces situations, le retour veineux se fait moins bien, le sang a tendance à stagner dans les veines des jambes, ce qui peut provoquer : lourdeurs, tension, parfois une sensation de brûlure dans le mollet.
En général :
- les deux jambes sont concernées (ou la jambe la plus variqueuse),
- les symptômes sont plus marqués en fin de journée,
- ils sont soulagés par la marche, la surélévation des jambes, ou une douche fraîche.
🧷 Dans certains cas, le port de bas de contention peut aider à améliorer la circulation et diminuer l’inconfort. Vous pouvez lire mon article complet sur quand et pourquoi porter des bas de contention pour comprendre dans quelles situations ils sont utiles.
Pour les patients qui souhaitent en utiliser à domicile dans des situations bénignes (jambes lourdes en fin de journée, station debout prolongée), un bas de contention de classe 1 ou 2 peut apporter un léger confort.
👉 Voici un modèle fiable et confortable que je recommande : → bas de contention de classe 2
On reste ici sur de la gêne et de l’inconfort, mais pas sur une urgence vitale. Un bilan médical peut être utile si les symptômes sont anciens, très gênants ou s’aggravent.
Irritation locale d’un nerf ou d’un tendon (tendon d’Achille, fascia, canal tarsien…)
La sensation de “brûlure” au repos peut aussi venir :
- d’une irritation nerveuse locale (petits nerfs cutanés, racine nerveuse lombaire, canal tarsien…),
- d’une tendinopathie du tendon d’Achille ou de structures voisines.
Dans ce cas :
- la brûlure peut être plus localisée,
- parfois accompagnée de fourmillements,
- déclenchée par certaines positions (par ex. jambe croisée, bas du dos cambré, etc.).
📌 Le rôle du kiné est de repérer ces mécanismes, de tester les nerfs, la colonne lombaire, la cheville, et de proposer un programme adapté.
Les situations à surveiller de près
Entre les causes fréquentes et bénignes, et les vraies urgences, il existe une zone “grise” : les situations où le contexte fait qu’on ne peut pas se contenter de rassurer.
Quand le contexte fait douter
Certains profils ou contextes augmentent le niveau de vigilance :
- antécédent personnel de phlébite / embolie pulmonaire,
- phlébite dans la famille,
- immobilisation récente (plâtre, attelle, alitement),
- chirurgie ou hospitalisation récente,
- grossesse ou post-partum,
- voyage prolongé (avion long courrier),
- prise de pilule oestro-progestative ou traitement hormonal,
- cancer connu, maladie inflammatoire ou traitement favorisant les caillots.
📌 Si vous avez un de ces facteurs de risque et que vous ressentez une brûlure ou une douleur inhabituelle au mollet au repos, même sans gonflement évident, il est raisonnable de contacter rapidement votre médecin pour avis.
Signes qui doivent faire consulter votre médecin
Sans parler encore d’urgence vitale, certains signes combinés doivent amener à consulter :
- douleur ou brûlure du mollet nouvelle, sans contexte évident,
- persistance depuis plusieurs jours,
- légère différence de volume entre les deux mollets,
- sensation de tension, de jambe lourde inhabituelle,
- gêne à la marche qui s’installe.
Dans ces cas, le rôle du kiné est de ne pas banaliser, mais de vous orienter vers votre médecin traitant pour une évaluation clinique (et des examens si besoin).
Quand parler d’urgence ? Les signes qui imposent les urgences ou le 15
C’est un point essentiel, que je répète très souvent en consultation. Certaines associations de symptômes doivent faire réagir sans attendre un rendez-vous classique.
Phlébite / caillot : symptômes clés à ne pas ignorer
Une thrombose veineuse profonde (phlébite) de la jambe peut se manifester par :
- une douleur ou brûlure du mollet apparue rapidement,
- un gonflement visible du mollet ou de la jambe,
- une sensation de chaleur et de tension,
- parfois une rougeur,
- une douleur augmentée à la pression du mollet ou à la dorsiflexion du pied,
- une différence nette de diamètre entre les deux mollets.
Ces signes ne sont pas toujours tous présents, et parfois la phlébite est peu symptomatique. C’est pour cela que, dès qu’on a un doute raisonnable + des facteurs de risque, il faut privilégier la prudence.
👉 Dans ce cas :
- ne massez pas énergiquement votre mollet,
- ne restez pas dans le doute,
- appelez votre médecin, les urgences ou le 15 selon l’intensité des symptômes.
Rougeur, chaleur locale, fièvre : suspicion d’infection
Une inflammation infectieuse (cellulite infectieuse, érysipèle…) peut également donner une douleur chaude, brûlante, avec :
- une zone de peau rouge, chaude, très sensible,
- parfois des frissons ou de la fièvre,
- une altération de l’état général.
Là encore, ce n’est plus un sujet de kinésithérapie en première intention : il faut un avis médical rapide. Si la fièvre est élevée ou l’état général très altéré, c’est une urgence médicale.
Que peut faire un kinésithérapeute si le bilan médical est rassurant ?
Une fois les causes graves écartées par le médecin (phlébite, infection, pathologie vasculaire aiguë…), le kiné peut intervenir sur :
- les causes musculaires,
- les troubles de posture et de marche,
- certains troubles circulatoires fonctionnels,
- les irritations nerveuses ou tendineuses.
Bilan fonctionnel : posture, appuis, veines, nerfs, muscles
En début de séance, je prends le temps de :
- vous faire préciser votre ressenti : quand, comment, depuis quand, dans quelles positions, après quelle activité ;
- observer votre statique (pied, cheville, genou, hanche),
- palper le mollet, tester la souplesse musculaire, la force,
- vérifier la peau, la température, la présence éventuelle de varices,
- parfois effectuer quelques tests neurologiques simples (sensibilité, réflexes, tensions nerveuses).
📌 L’idée est de comprendre ce qui entretient la brûlure : un mollet toujours contracté, un pied qui ne déroule pas bien, une station debout très prolongée, une chaussure inadaptée, etc.
Exercices pour la circulation et le retour veineux
Quand la brûlure est liée à une stase veineuse modérée (jambes lourdes, station debout prolongée) et que le médecin a écarté les causes graves, on peut travailler sur :
- des exercices de pompe musculaire au niveau de la cheville (flexion/extension douce, pointes/talons),
- des exercices de marche active à faible intensité,
- des conseils de positionnement au repos (jambes légèrement surélevées, éviter de croiser les jambes longtemps),
- des conseils d’hygiène de vie (hydratation, pauses actives, poids, chaussures).
L’objectif n’est pas de “dégommer” la brûlure mais d’agir sur le terrain qui la favorise.
Travail musculaire progressif du mollet
Quand le mollet a été très sollicité (sport, marche, reprise), un programme progressif permet souvent de diminuer les sensations de brûlure à moyen terme :
- renforcement du triceps sural (élévations sur la pointe des pieds, progressives, en charge),
- travail d’endurance (répétitions, séries, montées d’escalier adaptées),
- coordination pied–cheville–genou,
- travail sur les chaînes supérieures (hanche, bassin) si besoin.
Là encore, tout se fait sans douleur excessive, en respectant votre tolérance, et en ajustant la charge séance après séance.
Ce que vous pouvez faire vous-même en attendant
(Les conseils ci-dessous ne remplacent jamais un avis médical si vous avez un doute sur la gravité.)
Ajuster l’activité, éviter l’inactivité totale
Lorsque le bilan médical est rassurant, le pire réflexe est souvent le repos absolu prolongé. Pour la plupart des douleurs de mollet non graves :
- une activité douce (marche, vélo très tranquille) est plus bénéfique qu’une immobilité complète,
- alterner phases assis / marche aide la circulation,
- écouter la douleur : si le lendemain c’est largement pire, c’est que la charge était un peu trop élevée (on ajuste),
- si le lendemain c’est identique ou mieux, on peut progressivement augmenter.
Surélever les jambes, bouger la cheville
De petits gestes simples aident souvent à limiter la sensation de brûlure liée à la stase veineuse ou à la fatigue musculaire :
- surélever les jambes quelques minutes dans la journée,
- éviter les positions statiques très longues,
- bouger régulièrement la cheville (flexion/extension),
- dérouler doucement le pied du talon vers la pointe à la marche.
Quand les auto-massages peuvent aider (et quand ils sont déconseillés)
Sur un mollet musculairement surmené mais dont on a écarté les causes graves, des auto-massages doux peuvent soulager :
- masser sans écraser profondément les tissus,
- privilégier une pression progressive, tolérée,
- ne jamais masser une zone très chaude, très rouge, très gonflée tant qu’une phlébite ou une infection n’a pas été formellement exclue.
Le mot du kiné 💬
Voir arriver au cabinet quelqu’un qui vous dit : “J’ai une brûlure dans le mollet au repos, j’ai peur d’une phlébite”, ce n’est pas rare.
Et pour être honnête, je préfère un patient qui consulte “pour rien” plutôt qu’un patient qui minimise une vraie urgence.
Ce qu’il faut retenir :
- toutes les brûlures dans le mollet ne sont pas graves,
- mais certaines associations de signes (douleur + gonflement + chaleur + contexte de risque) justifient d’appeler rapidement un médecin,
- la kinésithérapie a toute sa place une fois les urgences écartées, pour agir sur les muscles, la posture, la circulation, la reprise d’activité.
Si vous avez un doute, si quelque chose vous inquiète vraiment : parlez-en à votre médecin, expliquez-lui ce que vous ressentez.
C’est en équipe (patient–médecin–kiné) qu’on fait les meilleurs choix.
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Antoine Al Wazzan
Masseur-kinésithérapeute du sport
Fondateur de MonConseilKiné
–
FAQ – Mollet qui brûle au repos
1. Mon mollet brûle surtout la nuit, est-ce normal ?
Une sensation de brûlure au mollet la nuit peut être liée à des courbatures, à une fatigue musculaire ou à une circulation veineuse un peu ralentie.
Tant qu’il n’y a pas de gonflement important, de rougeur marquée, de chaleur importante ou de fièvre, on est le plus souvent dans des situations non urgentes. En cas de doute, surtout si vous avez des facteurs de risque de phlébite, parlez-en à votre médecin.
2. Comment savoir si c’est une phlébite ou “juste” un muscle ?
En cas de phlébite, on retrouve souvent plusieurs éléments associés : douleur ou brûlure du mollet apparue récemment, gonflement de la jambe, sensation de chaleur, parfois une rougeur et un contexte de risque (immobilisation, chirurgie, voyage, pilule, antécédent de caillot…).
Si vous remarquez cette combinaison de signes, surtout d’un seul côté, le bon réflexe est de consulter rapidement un médecin ou d’appeler le 15 pour avis.
3. Est-ce que je peux masser un mollet qui brûle ?
Tout dépend du contexte. S’il s’agit d’une douleur musculaire connue, liée à un effort, et que votre médecin a écarté les causes graves, un auto-massage doux peut apporter du confort.
En revanche, s’il y a une rougeur, un gonflement, une chaleur inhabituelle du mollet ou un doute sur une phlébite, il vaut mieux éviter tout massage tant qu’un médecin n’a pas évalué la situation.
4. Mon mollet brûle sans que je fasse de sport, dois-je m’inquiéter ?
L’absence de sport n’est pas forcément rassurante : certaines douleurs de mollet surviennent justement dans des contextes de sédentarité, d’immobilisation ou de station assise prolongée.
Là encore, ce qui compte, ce sont les signes associés (gonflement, rougeur, fièvre, essoufflement…) et vos facteurs de risque. En cas de doute, mieux vaut consulter votre médecin qui jugera s’il faut faire des examens.
Sources scientifiques et médicales 📕
- Ameli – Phlébite : définition et facteurs favorisants
- Ameli – Phlébite : symptômes, diagnostic et évolution
- Ameli – Phlébite : traitement et prise en charge
- Ameli – Préserver le capital veineux de ses jambes
- Ameli – Syndrome des jambes sans repos (impatiences) : définition et causes
- Inserm – Thrombose veineuse (phlébite) : dossier scientifique
- Inserm – Le fardeau mental du syndrome des jambes sans repos
- Fédération Française de Cardiologie – Insuffisance veineuse : situations à risque et symptômes
- HAS – Compression médicale dans les affections veineuses chroniques

