Santé

Ondes de choc et tendinite du moyen fessier : sont-elles efficaces ?

8 Minutes de lecture

Les avis sur les ondes de choc pour une tendinite du moyen fessier s’opposent radicalement selon où on regarde.

D’un côté, des cliniques qui affichent des taux de réussite impressionnants sur leur site.

De l’autre, des patients convaincus que c’est du vent, souvent après en avoir entendu parler par quelqu’un qui n’a pas été soulagé.

Une fois qu’on regarde les études plutôt que les argumentaires commerciaux, la réalité est plus nuancée que les deux : oui, ça peut aider, mais pas comme une baguette magique, et pas pour tout le monde de la même façon.

✅ Le mécanisme réel, ce que montrent les essais cliniques les plus sérieux, et leurs limites, pour qui c’est vraiment indiqué : c’est ce qu’on regarde ici, sans enjoliver ni minimiser.

📍En bref :

👉 Les ondes de choc peuvent être utilisées précocement, en parallèle des exercices, lorsque la douleur est trop importante pour les tolérer correctement.

👉 Elles peuvent également être proposées plus tard si la rééducation seule atteint un plateau après plusieurs semaines.

👉 Les séances peuvent être inconfortables au début, mais l’intensité est toujours adaptée progressivement et n’est jamais imposée au maximum dès la première séance.

👉 Les études montrent un effet réel sur la douleur, mais un bénéfice plus modéré sur la fonction et les capacités au quotidien.

👉 Les ondes de choc ne remplacent jamais le renforcement musculaire actif : elles s’utilisent comme un traitement complémentaire, et non comme une solution à elles seules.


Le principe, en clair

Si vous découvrez cette pathologie, mieux vaut d’abord comprendre de quoi il s’agit : j’ai détaillé les causes et symptômes dans un article dédié, tendinite du moyen fessier.

Les ondes de choc envoient de petites impulsions mécaniques à travers la peau, dirigées sur le tendon douloureux.

Ce n’est pas la même chose que « casser des calculs rénaux », l’usage d’origine de cette technologie.

Ici, rien n’est cassé : le moyen fessier n’a pas de calcification à éliminer, contrairement à certaines tendinites de l’épaule.

Les chercheurs ne savent d’ailleurs pas encore exactement comment ça agit.

L’explication la plus probable pour l’effet sur la douleur : le choc stimule fortement les petits nerfs de la zone, ce qui brouille temporairement le signal de douleur envoyé au cerveau, un peu comme un court-circuit.

C’est cette action sur la douleur qui est la mieux démontrée dans les études.

D’autres effets sont aussi évoqués ; sur la circulation sanguine locale, sur la réparation du tendon, mais ils viennent surtout d’études en laboratoire, moins confirmées chez l’humain.

Il existe deux types d’appareils : les ondes focalisées, plus précises et profondes, et les ondes radiales, plus superficielles.

📌 Pour le moyen fessier, dont le tendon est assez profond sous l’os de la hanche, les ondes focalisées sont généralement préférées et donnent de meilleurs résultats sur la douleur.


📖 Ce que montrent vraiment les études

Beaucoup d’articles sur le sujet citent des pourcentages de réussite impressionnants sans source claire derrière.

Je préfère m’appuyer sur ce qui est réellement publié et vérifiable.

La référence la plus solide à ce jour est une grande analyse de 2024, qui regroupe 8 études cliniques sérieuses et 754 patients souffrant de cette même douleur de hanche.

Ce qu’elle montre : la douleur diminue nettement dans les 2 à 4 mois qui suivent, comparé à d’autres traitements.

Sur la fonction au quotidien : marcher, monter les escaliers, l’amélioration à 6 mois est réelle, mais plus modeste, pas de quoi changer complètement le vécu du patient à elle seule.

En clair : un effet net sur la douleur, un effet plus discret sur le reste.

Un point à connaître pour rester honnête : sur les 8 études incluses, 7 avaient des limites méthodologiques qui réduisent la fiabilité des résultats.

Ça ne veut pas dire que les conclusions sont fausses, juste qu’il faudrait des études encore mieux menées pour être vraiment certain des bénéfices à long terme, et les chercheurs eux-mêmes le disent.

Une étude française note aussi que le moyen fessier répond un peu moins bien aux ondes de choc qu’une autre zone très étudiée, le talon (aponévrosite plantaire), pas un traitement inefficace, mais une zone où la réponse varie davantage d’un patient à l’autre.

En pratique

Dans ma pratique, je constate pourtant régulièrement de bons résultats avec les ondes de choc pour une tendinite au moyen fessier, particulièrement chez les patients plus âgés dont la tendinopathie est installée depuis plusieurs mois.

Prescription de séance d'onde de choc pour tendinite du moyen fessier.
Prescription d’onde de choc pour tendinite du moyen fessier chez une personne âgée

Ce n’est pas une coïncidence isolée : ce profil correspond précisément à celui des patients inclus dans les études de référence, souvent autour de 60 ans, avec des symptômes chroniques résistants à une première prise en charge.

C’est une observation clinique, pas une preuve au même niveau qu’un essai randomisé, mais elle est cohérente avec ce que la littérature identifie comme le profil qui en bénéficie le plus.


Pour qui est-ce vraiment indiqué ?

Il n’y a pas une seule bonne façon de les positionner dans le parcours de soin, cela dépend surtout de l’intensité de la douleur au départ.

Quand faire les ondes de choc pour une tendinite du moyen fessier ?
3 cas : douleur tolérable, douleur intense ou rééducation qui n'avance pas.

Pour une douleur modérée qui permet de démarrer directement les exercices sans trop de difficulté, elles n’ont généralement pas d’intérêt en tout début de prise en charge : la charge progressive fait déjà le travail, pas besoin d’ajouter un traitement supplémentaire.

Dans ma pratique, je les utilise aussi plus tôt chez certains patients, en parallèle des exercices plutôt qu’à leur place, quand la douleur est trop marquée pour bien tolérer le travail actif dès le départ.

L’idée est alors de calmer suffisamment la douleur pour faciliter l’engagement dans le programme d’exercices pour la tendinite du moyen fessier, pas de remplacer le renforcement, qui reste le vrai travail de fond.

📌 Elles restent aussi une option pour les tendinopathies chroniques qui résistent après plusieurs semaines de rééducation active bien menée, chez des patients pour qui le renforcement seul plafonne.


Comment se déroule une séance ?

Le protocole le plus étudié repose sur 3 séances par semaine, parfois prolongées à 4 ou 5 selon la réponse clinique.

Chaque séance dure une dizaine de minutes, sans anesthésie nécessaire.

Vous êtes installé allongé sur le côté sain, la hanche douloureuse accessible sur le dessus, une position simple, mais qu’il vaut mieux connaître à l’avance pour ne pas être surpris le jour de la séance.

La vraie question, presque toujours que l’on me pose ce n’est pas « est-ce que ça marche ? » mais « est-ce que ça va faire mal ?« 

C’est une inquiétude légitime, et je préfère y répondre franchement plutôt que de la minimiser.

Oui, ça peut être inconfortable, parfois franchement désagréable sur les premières impulsions : la zone du grand trochanter est superficielle, juste sous la peau, ce qui rend la sensation plus vive que sur une zone plus charnue.

Mais ce n’est pas figé : l’intensité démarre toujours basse et augmente progressivement, et surtout, le patient garde la main dessus.

Si c’est trop intense, on ajuste immédiatement, ce n’est jamais imposé jusqu’au bout coûte que coûte.

👉 Ce que j’observe en pratique, c’est que l’appréhension avant la première séance est presque toujours plus forte que l’inconfort réellement ressenti une fois que ça démarre.

Les séances suivantes sont généralement mieux tolérées, la zone semblant s’habituer.

Séance d'ondes de choc pour le traitement d'une tendinopathie du moyen fessier.
Onde de choc pour une tendinite du moyen fessier

Autre chose à anticiper, différente de la douleur pendant la séance : il n’est pas rare de ressentir une gêne transitoire dans les 24 à 48 heures qui suivent, avant que l’effet bénéfique ne s’installe progressivement sur plusieurs semaines.

📌 Ce délai surprend souvent. Pourtant, les ondes de choc n’ont pas un effet antidouleur immédiat : leur action est progressive et s’observe généralement au fil des semaines.


Ce qu’il faut savoir avant de se lancer

  1. Les ondes de choc restent contre-indiquées en cas de grossesse, de troubles de la coagulation sous traitement anticoagulant, ou en présence d’une infection active sur la zone traitée.
  2. Elles ne remplacent pas le travail actif de rééducation, elles s’utilisent en complément, jamais à sa place.
    • Un patient qui fait des séances d’ondes de choc sans continuer le renforcement du tendon en parallèle limite fortement ses chances d’amélioration durable.
  3. Particularité de cette zone : le moyen fessier est directement sollicité à chaque pas, contrairement à un tendon du coude ou de l’épaule qu’on peut plus facilement mettre au repos après une séance.
    • Marcher juste après reste possible, mais mieux vaut éviter un effort long ou intense dans les heures qui suivent, le temps que la gêne transitoire s’estompe, les mêmes repères que ceux détaillés dans peut-on marcher avec une tendinite du moyen fessier s’appliquent aussi ce jour-là.
  4. Le coût est également un facteur à prendre en compte. Selon le praticien et le mode de facturation, les ondes de choc peuvent entraîner un coût supplémentaire et ne sont pas toujours remboursées.
    • Dans certains cabinets, en revanche, elles sont incluses dans le tarif de la séance de kinésithérapie et sont donc prises en charge dans les conditions habituelles de remboursement.

Le mot du kiné 💬

Les ondes de choc ne sont ni une solution miracle ni un gadget marketing : c’est un outil complémentaire avec un vrai fondement scientifique, mais des effets plus modestes que ce que certains discours commerciaux laissent penser.

Mon rôle est de vous aider à savoir si vous êtes dans le profil qui en bénéficie généralement : une tendinopathie installée, qui résiste à une rééducation bien menée.

Si c’est votre cas, ça vaut la peine d’en discuter avec votre kiné.

Si votre douleur est récente et que vous n’avez pas encore essayé un vrai protocole de renforcement progressif, commencez par là, c’est souvent suffisant, et ça évite de sauter une étape qui aurait pu résoudre le problème seule.

Pour savoir combien de temps attendre une vraie amélioration, quel que soit le traitement choisi, j’y réponds en détail dans cet article : délai de guérison d’une tendinite du moyen fessier.

Antoine Al Wazzan
Masseur-kinésithérapeute du sport – Marseille
Fondateur de MonConseilKiné

Kinésithérapeute spécialisé dans le sport et la prise en charge des douleurs chroniques. Cet article est rédigé à partir de la pratique clinique quotidienne et des données de la littérature scientifique internationale.

 Pour toute question, vous pouvez me contacter par mail : monconseilkine@hotmail.com


❓Questions fréquentes

Est-ce que les ondes de choc font mal ?

Ça peut être inconfortable, surtout sur les premières impulsions, car la zone est superficielle. L’intensité démarre basse et s’ajuste selon votre tolérance, ce n’est jamais imposé au maximum d’emblée.

Combien de séances sont nécessaires ?

Le protocole le plus étudié est de 3 séances hebdomadaires, parfois prolongé à 4-5 selon la réponse.

Quand ressent-on les premiers effets ?

Pas immédiatement. Une gêne transitoire dans les 24-48h suivant la séance est fréquente, puis l’amélioration s’installe progressivement sur plusieurs semaines.

Les ondes de choc sont-elles remboursées ?

Cela dépend du cabinet de kinésithérapie. Le tarif varie selon les praticiens et le nombre de séances.

Peut-on marcher juste après une séance ?

Oui, marcher reste possible.

Mieux vaut simplement éviter un effort long ou intense dans les heures qui suivent, le temps que la gêne transitoire s’estompe, contrairement à un tendon du coude, celui-ci est sollicité à chaque pas.

Ondes de choc ou infiltration, que choisir ?

Ce ne sont pas des concurrents directs.

Les ondes de choc s’inscrivent dans une logique de stimulation de la réparation tendineuse, l’infiltration cible surtout un soulagement ponctuel de la douleur.

Le choix se discute avec le praticien selon la situation.


Sources

  • Rhim HC, et al. Extracorporeal Shockwave Therapy for Greater Trochanteric Pain Syndrome: A Systematic Review and Meta-analysis. JBJS Reviews, 2024. DOI: 10.2106/JBJS.RVW.24.00091
  • Notarnicola A, et al. Shock Waves and Therapeutic Exercise in Greater Trochanteric Pain Syndrome: A Prospective Randomized Clinical Trial with Cross-Over. 2023. DOI: 10.3390/jpm13060976
  • Ramon S, et al. Focused shockwave treatment for greater trochanteric pain syndrome: a multicenter, randomized, controlled clinical trial. Journal of Bone and Joint Surgery (JBJS), 2020.  DOI: 10.2106/JBJS.20.00093
  • Mellor R, Bennell K, Grimaldi A, et al. Evidence-based diagnosis and management of gluteal tendinopathy. British Journal of Sports Medicine, 2016. DOI: 10.1007/s40279-015-0336-5
  • Extracorporeal Shock Wave Therapy for the Treatment of Musculoskeletal Pain: A Narrative Review. 2023. (mécanisme d’action, théorie de l’hyperstimulation) DOI: 10.3390/healthcare11212830

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