Lorsque vous faites face à une tendinite qui ne guérit pas depuis plusieurs semaines ou plusieurs mois, il est normal de commencer à se poser des questions. Beaucoup de personnes viennent me voir en pensant avoir déjà “tout essayé” :
- lever le pied,
- prendre des anti-inflammatoires,
- arrêter le sport,
- faire des séances de kinésithérapie,
- appliquer du froid ou du chaud.
Et malgré tout cela, la douleur reste là, parfois même au moindre geste.
Beaucoup de patients me confient des phrases que j’entends très souvent :
« J’ai l’impression que ça ne partira jamais »,
« Est-ce que mon tendon est foutu ? »,
« Est-ce que je m’y prends mal ? ».
Ces inquiétudes sont légitimes. Quand une douleur s’installe, on imagine vite le pire ou on se dit qu’on est « fragile ». Or dans la majorité des cas, une tendinite qui ne guérit pas n’a rien d’une fatalité.
Ce n’est pas une usure irréversible. Ce n’est pas lié à un âge ou un sport précis. C’est simplement un tendon qui a perdu sa capacité à supporter la charge.
📌 L’objectif de cet article est de faire le point calmement, en vous donnant des repères fiables, sans poser de diagnostic, pour comprendre ce qui se passe et identifier ce que vous pouvez faire et à quel moment il est utile de consulter.
Pourquoi une tendinite peut donner l’impression de ne jamais guérir
Une douleur tendineuse chronique met souvent le doute, car elle évolue avec des hauts et des bas. Certains jours semblent encourageants, d’autres décourageants, sans raison apparente.
Pour comprendre cela, il faut d’abord préciser ce qu’on appelle réellement « tendinite ».
Une douleur qui ne correspond pas toujours à une inflammation
Le terme « tendinite » est associé à l’inflammation. Au début, c’est vrai : le tendon peut être enflammé, sensible, chaud.
Mais lorsque la douleur dure longtemps, l’inflammation n’est plus le mécanisme principal.
Ce qui explique pourquoi :
- les anti-inflammatoires soulagent parfois… puis la douleur revient,
- le repos complet réduit la douleur… puis elle réapparaît dès que l’on bouge,
- on a l’impression que « quelque chose se réveille » dès qu’on veut reprendre une activité.
Ce qui se passe réellement dans un tendon douloureux depuis longtemps, c’est le plus souvent :
- une désorganisation légère des fibres du tendon,
- une perte de tolérance à la charge,
- une hypersensibilité du tissu (le tendon « réagit » plus vite qu’avant).
C’est un mécanisme réversible : un tendon peut se réadapter. Mais cette adaptation demande du temps et une progression cohérente.
Ce qui entretient une douleur tendineuse persistante
Dans la pratique, les douleurs qui durent ne sont pas dues à un « mauvais tendon », mais plutôt à un déséquilibre entre repos, charge et progression.
Voici les causes les plus fréquentes (et non les seules).
1. Le repos prolongé : rassurant, mais rarement suffisant
Quand la douleur apparaît, le repos semble être la meilleure solution. Et en phase aiguë, c’est souvent vrai : réduire la charge quelques jours peut calmer les symptômes.
Mais au-delà de quelques jours, un repos strict :
- affaiblit le tendon,
- augmente sa sensibilité,
- rend la reprise plus difficile.
On voit souvent ce cycle :
- douleur,
- repos,
- amélioration,
- reprise trop rapide,
- retour de la douleur.
📌 Ce n’est ni un échec personnel ni un mauvais comportement : c’est simplement physiologique.
2. Une reprise trop rapide dès que la douleur diminue
Dès que ça va mieux, on a envie de reprendre « normalement ». C’est compréhensible : personne n’aime être limité.
Le problème est que la douleur n’indique pas toujours la capacité réelle du tendon. Un tendon peut être indolore mais encore fragile. La reprise rapide entraîne souvent une nouvelle irritation.
3. Des exercices inadaptés ou mal dosés
Beaucoup de personnes pratiquent courageusement des exercices trouvés en ligne, ou suivent des conseils bien intentionnés mais incomplets.
Les erreurs fréquentes sont :
- faire uniquement des étirements (qui ne renforcent pas le tendon),
- commencer trop fort (charges trop lourdes, vitesse trop élevée),
- changer de programme trop souvent,
- ne pas respecter les temps d’adaptation.
📌 Un tendon se renforce lentement. La régularité et la progressivité sont bien plus importantes que l’intensité.
Comprendre le rôle central de la charge dans la guérison du tendon
Pour bien récupérer, il faut comprendre un principe essentiel : un tendon s’adapte à la charge qu’on lui demande. Ni plus, ni moins.
Comment réagit un tendon ?
On peut résumer de manière simple :
- Pas assez de charge : le tendon s’affaiblit et devient plus sensible.
- Trop de charge d’un coup : il se défend par la douleur.
- Charge progressive : il se renforce, s’adapte et devient plus tolérant.
C’est exactement sur ce principe que reposent les rééducations modernes : exposer progressivement le tendon à la bonne dose de contrainte. Pas pour faire “mal”, mais pour l’aider à se réhabituer. Ce type de progression demande de la patience, car l’adaptation du tendon est lente. C’est normal, et ce n’est pas un signe de gravité.
Que faire concrètement quand la douleur dure ?
Dans la plupart des cas, une rééducation adaptée pour une tendinite chronique permet au tendon de retrouver une meilleure tolérance et de progresser sans aggraver la douleur.
Il existe des lignes directrices générales, applicables à la plupart des douleurs tendineuses, sans poser de diagnostic.
1. Accepter qu’une légère douleur n’est pas forcément un danger
Une gêne légère à modérée pendant l’exercice est fréquente.
Ce qui compte vraiment, c’est :
- la tolérance pendant l’activité,
- l’évolution le lendemain,
- la possibilité de maintenir une progression.
📌 Une douleur qui reste stable et raisonnable peut être un indicateur de travail, pas un signe d’aggravation.
2. Mettre en place une progression claire
La rééducation tendineuse suit souvent trois grandes étapes :
- Exercices simples et lents, avec une contraction contrôlée.
- Renforcement progressif, en augmentant la charge ou la difficulté.
- Retour progressif aux mouvements rapides ou au sport, si nécessaire.
📌 Cette progression peut prendre plusieurs semaines, parfois souvent plus. Mais ce qui compte est l’évolution globale, pas la vitesse.
3. Se faire accompagner lorsque la situation stagne
Quand la douleur dure depuis des mois, un accompagnement kiné :
- évite les erreurs involontaires,
- donne un cadre clair et régulier,
- sécurise la progression.
📌 Beaucoup de patients me disent qu’ils « n’arrivaient pas à savoir quoi faire » avant d’être encadrés. Ce n’est pas un manque de discipline : la rééducation tendineuse est technique. Être guidé permet d’éviter les écarts qui entretiennent la douleur.
Ce qui est fréquent… et ce qui l’est beaucoup moins
✅ Situations fréquentes
- douleur au démarrage, le matin ou en début d’activité,
- gêne qui revient à la reprise du sport,
- amélioration lente mais réelle sur plusieurs semaines.
Ces évolutions ne sont pas inquiétantes.
Une douleur tendineuse au repos fait partie des situations fréquentes et n’indique pas forcément une aggravation, mais elle mérite d’être comprise.
🛑 Situations plus rares, nécessitant un avis médical
- douleur nocturne persistante et intense,
- gonflement important,
- perte de force brutale,
- douleur apparue après un choc ou un accident.
Dans ces cas, l’objectif est surtout d’écarter une autre cause.
🧑🏼⚕️ Quand consulter un professionnel de santé ?
Consulter peut vous aider si :
- vous ne savez plus comment progresser,
- la douleur s’aggrave ou devient gênante au quotidien,
- l’évolution stagne malgré vos efforts,
- vous avez besoin d’être rassuré.
Consulter n’est jamais un aveu d’échec. C’est une manière de reprendre le contrôle sur la situation.
Le mot du kiné 💬
Une tendinite qui ne guérit pas n’est pas un tendon « détruit » ou « usé pour toujours ». Dans la grande majorité des cas, elle traduit un tendon déconditionné, qui a simplement besoin d’une progression adaptée pour retrouver sa tolérance.
Avec une approche progressive, régulière et personnalisée, l’évolution est souvent favorable, même après plusieurs mois de douleur.
Et lorsque le doute persiste, être accompagné par un professionnel reste la meilleure façon d’avancer sereinement.
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Antoine Al Wazzan
Masseur-kinésithérapeute du sport
Fondateur de MonConseilKiné
FAQ – Tendinite qui ne guérit pas
- 1. Une tendinite peut-elle durer plusieurs mois ?
Oui, cela arrive fréquemment. Ce n’est pas forcément un signe de gravité. La durée dépend de la charge supportée par le tendon et de la manière dont il s’adapte. - 2. Pourquoi ma tendinite revient-elle dès que je reprends le sport ?
Parce que la charge augmente trop vite par rapport à ce que le tendon peut supporter à ce moment-là. Une progression plus lente est souvent nécessaire. - 3. Le repos complet guérit-il une tendinite ?
Il soulage parfois temporairement, mais ne renforce pas le tendon. Un repos prolongé peut augmenter la sensibilité et rendre la reprise plus difficile. - 4. Dois-je arrêter complètement le sport ?
Sauf avis médical contraire, ce n’est pas obligatoire. Ce qui compte est d’adapter l’intensité, la fréquence et les mouvements. - 5. Comment savoir si ma tendinite nécessite une consultation ?
En cas de douleur nocturne intense, de gonflement inhabituel, de perte de force marquée ou de douleur après un choc, un avis médical est recommandé. - 6. Combien de temps faut-il pour guérir une tendinite chronique ?
Il n’y a pas de durée unique. L’évolution dépend du tendon concerné, du niveau d’activité, et de la capacité du tendon à s’adapter progressivement. - 7. Les anti-inflammatoires sont-ils utiles ?
Ils peuvent aider lors des phases douloureuses, mais ne renforcent pas le tendon. Leur utilisation doit être discutée avec un médecin.
📕 Sources scientifiques et médicales
Modèles scientifiques des tendinopathies
- Cook JL, Purdam CR. The Continuum Model of Tendon Pathology. Br J Sports Med, 2009.
- Malliaras P, Barton C, Reeves ND. Understanding Tendinopathy: Clinical Principles of Load Management. Br J Sports Med, 2015.
Douleur, sensibilité et adaptation
- Rio E, Kidgell D, Cook J et al. Isometric Exercise and Analgesia in Tendinopathy. Br J Sports Med, 2015.
- Moseley GL, Butler DS. Explain Pain. Noigroup, 2003.
- O’Neill S, Watson P, Barry S. Pain and Loading in Tendinopathy. Phys Ther Sport, 2015.
Rééducation : renforcement lent, lourd et progressif
- Kongsgaard M et al. Heavy Slow Resistance vs Eccentric Training in Tendinopathy. Am J Sports Med, 2009.
- Beyer R, Kongsgaard M et al. Effectiveness of Heavy Slow Resistance in Tendinopathy. Br J Sports Med, 2015.
- Alfredson H. Eccentric Heel-Drop Protocol for Achilles Tendinopathy. Am J Sports Med, 1998.
- Silbernagel KG. Rehabilitation and Return to Sport After Tendon Injury. J Orthop Sports Phys Ther, 2014.
Retour au sport, récidives et gestion de la charge
- Bahr R. Why Athletes Fail to Return From Tendinopathy. Aspetar Sports Med J, 2014.
- Gabbett TJ. Management of Acute:Chronic Workload Ratio to Reduce Injury Risk. Br J Sports Med, 2016.
Consensus et recommandations internationales
- International Olympic Committee (IOC). Consensus Statement on Tendinopathy. Br J Sports Med, 2019.
- International Scientific Tendinopathy Symposium (ISTS). Clinical Recommendations on Tendinopathy. 2016–2022.

