Avoir mal au tendon alors même qu’on ne bouge pas peut être très déroutant. En consultation, de nombreux patients me disent :
- « J’ai mal même en étant assis… »
- « Avant j’avais mal seulement en marchant, maintenant même au repos. »
- « Est-ce que mon tendon est abîmé ? »
La bonne nouvelle : une douleur tendineuse au repos est fréquente, et dans la majorité des cas, elle n’indique pas quelque chose de grave.
Elle traduit surtout un tendon plus sensible, pas un tendon “cassé” ou “déchiré”.
Une tendinite qui semble ne pas guérir n’est pas forcément plus grave : cela reflète souvent un tendon sensible plutôt qu’un tendon “endommagé”.
L’objectif de cet article est de vous aider à comprendre :
- pourquoi cela arrive,
- ce qui est courant et rassurant,
- ce qui l’est moins,
- comment réagir sans aggraver,
- quand consulter si besoin.
Pourquoi un tendon peut faire mal même au repos ?
La douleur ne reflète pas forcément l’état du tendon
Dans une tendinite (tendinopathie), beaucoup de personnes pensent que si ça fait mal, c’est que le tendon est abîmé. En réalité, ce n’est pas toujours le cas.
La douleur ne dit pas : « Le tendon se détériore. » Elle dit plutôt : « Le tendon est devenu plus sensible à l’effort ou aux changements récents dans vos activités. »
Concrètement :
- vous pouvez avoir assez mal alors que le tendon est en bon état,
- et un tendon un peu modifié peut parfois être presque indolore.
Cette sensibilité peut apparaître après une période de surmenage, un manque de repos, des mouvements inhabituels, ou même à cause du stress ou d’un sommeil perturbé. Et cette sensibilité peut continuer à se manifester au repos, ce qui surprend souvent.
📌 C’est pour cela qu’un tendon peut faire mal même sans bouger : le système d’alarme est momentanément plus réactif.
Le tendon est “chargé” par les efforts précédents
La douleur au repos apparaît souvent :
- après une journée active,
- après des gestes répétés,
- après une séance un peu trop intense,
- ou après plusieurs jours de sollicitations cumulées.
Le repos n’est pas le problème : c’est l’effet retardé de la charge.
📌 On peut comparer cela à une courbature : ce n’est pas au moment de l’effort que ça fait mal, mais plutôt quelques heures plus tard, lorsque le système nerveux « digère » ce qui a été fait. Le tendon continue simplement de réagir aux efforts passés.
La sensibilité peut augmenter si le tendon est irrité
Un tendon irrité peut devenir :
- plus sensible,
- plus réactif,
- plus présent « en arrière-plan ».
Cette irritation n’est pas grave : c’est une réaction temporaire. Par exemple, après plusieurs jours où vous avez un peu trop forcé, le tendon peut se manifester même assis sur le canapé. Ce n’est pas un signe que le tendon s’abîme : c’est une hypersensibilité transitoire.
📌 L’objectif de la rééducation est justement de réduire cette hypersensibilité tout en réhabituant progressivement le tendon à la charge.
Certaines postures prolongées entretiennent la gêne
Rester longtemps :
- assis,
- debout,
- en appui,
- ou totalement immobile,
peut augmenter la sensation douloureuse.
Le tendon n’aime pas l’immobilité totale. Quand il reste trop longtemps dans la même position, la circulation ralentit et le système nerveux devient plus sensible. Souvent, changer de posture ou bouger un peu suffit à diminuer la gêne.
Est-ce grave d’avoir mal au repos ?
Dans la très grande majorité des cas : non.
Une douleur au tendon au repos dans le cadre d’une tendinite (tendinopathie) :
- n’indique pas une rupture,
- n’indique pas une inflammation grave,
- n’indique pas une lésion nouvelle,
- n’est pas un signe d’urgence.
Elle reflète surtout :
→ une sensibilité accrue,
→ une surcharge récente,
→ une tolérance encore insuffisante.
Ce qui est fréquent… et rassurant
Douleur diffuse ou légère au repos
Très courant. Elle reflète souvent l’effet d’une journée un peu plus sollicitante, même si vous n’avez pas eu l’impression d’avoir “forcé”. Le tendon met simplement un peu de temps à se calmer, ce qui est normal.
Douleur matinale ou en soirée
Assez typique dans les tendinopathies.
Le tendon réagit souvent :
- le matin, après plusieurs heures d’inactivité où les tissus ont “refroidi” ;
- le soir, après la charge cumulée de la journée.
📌 Cette alternance matin/soir est un schéma classique, et elle ne signifie pas que la tendinite s’aggrave.
Douleur après une reprise trop rapide
Un grand classique : vous reprenez une activité, tout va bien sur le moment… puis le soir ou le lendemain, la douleur apparaît au repos.
C’est simplement le tendon qui n’était pas encore prêt pour ce niveau d’effort et qui se manifeste après coup. Rien d’inquiétant : il s’agit d’un signal de réglage, pas d’un signe de blessure.
Douleur fluctuante
La douleur peut varier selon :
- le sommeil,
- le stress,
- la fatigue générale,
- la charge récente (même petite).
C’est normal : les tendons sont sensibles au contexte global du corps. Une mauvaise nuit, un peu de stress ou trop d’heures debout peuvent suffire à augmenter la sensibilité un jour, puis tout se calme le lendemain.
➡️ Tout cela est fréquent, réversible et compatible avec une très bonne évolution
Ce qui est moins fréquent (et nécessite un avis médical)
Il est recommandé de consulter si :
- la douleur est nocturne intense et régulière,
- un gonflement important apparaît,
- une perte de force nette survient,
- un traumatisme récent (chute, choc) est impliqué,
- la douleur empêche les gestes simples du quotidien,
- la douleur continue de progresser sans raison apparente.
Ces situations ne sont pas les plus courantes, mais elles justifient un avis médical.
Que faire si mon tendon fait mal au repos ?
Une rééducation progressive du tendon permet souvent d’améliorer la tolérance, même si la douleur apparaît au repos dans les premières semaines.
1. Garder une activité douce
Le repos absolu peut augmenter :
- la sensibilité,
- la raideur,
- l’impression de douleur ou de “tendon grinçant”.
À l’inverse, une activité légère (marche, mouvements simples, gestes du quotidien) aide souvent le tendon à se calmer.
Un tendon fonctionne mieux quand il bouge un minimum.
2. Éviter les étirements forts
Les étirements trop intenses peuvent irriter davantage le tendon. Les étirements doux, sans forcer, sont possibles mais ne sont pas prioritaires dans la phase sensible.
Le but est de ne pas provoquer de tension excessive qui augmente la douleur.
3. Ajuster la charge du lendemain
Si la douleur au repos est forte après une journée un peu chargée :
Réduire légèrement la charge le lendemain, mais ne surtout pas tout arrêter.
Le tendon réagit surtout aux variations brutales. Il préfère des ajustements progressifs : un peu moins un jour, un peu plus le suivant.
4. Surveiller avec le test des 24 heures
Un repère simple et très fiable :
- Si le lendemain ça va mieux : la charge était adaptée.
- Si le lendemain c’est nettement pire : vous avez dépassé le seuil tolérable.
Ce test aide beaucoup les patients à comprendre comment leur tendon réagit et à ajuster l’effort sans anxiété.
5. Reprendre ensuite une progression claire
Si la douleur au repos revient régulièrement, c’est le signe qu’il faut une progression :
- lente,
- cohérente,
- progressive,
- répétée semaine après semaine.
C’est exactement ce qu’apporte votre kiné : un cadre clair, une progression bien dosée, et des ajustements personnalisés selon la réaction du tendon.
📌 Une progression bien construite est l’outil le plus efficace pour retrouver un tendon solide, tolérant et sans douleur au repos.
👨⚕️ Quand consulter un professionnel ?
Vous pouvez demander un avis si :
- la douleur au repos devient inquiétante,
- elle s’intensifie malgré vos adaptations,
- elle se prolonge sans amélioration,
- elle s’accompagne de signes inhabituels,
- elle limite vos activités quotidiennes,
- vous ne savez plus comment ajuster la charge.
Une consultation permet :
- d’évaluer précisément,
- d’exclure une autre cause si nécessaire,
- de construire un programme sur mesure,
- de vous rassurer durablement.
Le mot du kiné 💬
Avoir mal au repos dans une tendinopathie est fréquent et rarement grave. Cela n’indique pas un tendon fragile ou abîmé, mais plutôt une sensibilité accrue après une charge trop faible, trop forte ou trop irrégulière.
En adaptant progressivement vos activités, en évitant les à-coups, et parfois avec l’aide d’un professionnel, la douleur au repos s’améliore dans la majorité des cas.
Le tendon n’a pas besoin de repos absolu : il a besoin d’une charge adaptée, d’une régularité et de temps pour s’équilibrer.
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Antoine Al Wazzan
Masseur-kinésithérapeute du sport
Fondateur de MonConseilKiné
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