Traumatologie
On se casse rarement l’omoplate « bêtement ». Il faut un choc violent : une chute de vélo ou de moto, un accident de voiture, une chute de hauteur. Et souvent, l’omoplate n’est pas la seule à avoir souffert.
La bonne nouvelle, c’est que cette fracture de l’omoplate consolide presque toujours, et que la grande majorité se soigne sans opération.
La moins bonne, c’est que l’épaule a tendance à s’enraidir et à rester douloureuse si on la laisse trop longtemps de côté. C’est là que la rééducation fait la différence.
📍En bref :
👉 L’omoplate (ou scapula) est l’os plat du haut du dos qui porte l’épaule. Sa fracture est rare : moins de 1 % des fractures.
👉 Elle survient presque toujours après un choc violent, avec d’autres blessures dans la majorité des cas : côtes, poumon, clavicule.
👉 La plupart se soignent sans opération : écharpe pendant environ 3 semaines, puis rééducation.
👉 L’os met en général 6 à 12 semaines à consolider. Pas de charge lourde ni de bras au-dessus de la tête avant 6 semaines.
👉 Les activités normales reprennent entre 6 et 12 semaines. Les efforts lourds et les sports de contact reprennent plutôt au-delà.
👉 Essoufflement, douleur dans la poitrine, fourmillements dans la main : on consulte sans attendre.
Fracture de l’omoplate : de quoi parle-t-on ?
L’omoplate, que les médecins appellent la scapula, est un os plat en forme de triangle, plaqué contre les côtes en haut du dos.
Elle sert de socle à toute l’épaule : la tête de l’humérus vient s’articuler dans sa partie creuse, la glène, et de nombreux muscles s’y attachent.

On distingue plusieurs zones, et la fracture n’a pas les mêmes conséquences selon l’endroit :
- le corps, la grande partie plate : c’est de loin la zone la plus souvent touchée, environ la moitié des cas ;
- le col, juste en dedans de l’articulation ;
- la glène, la surface articulaire qui reçoit l’humérus. Une fracture qui la traverse touche directement l’articulation de l’épaule ;
- l’épine et l’acromion, la crête osseuse qu’on sent sous la peau en haut du dos, qui se prolonge pour former le « toit » de l’épaule ;
- la coracoïde, un petit crochet osseux à l’avant.
Les médecins parlent de fracture extra-articulaire quand l’articulation est épargnée, et de fracture articulaire quand la glène est touchée.
Cette fracture est rare : moins de 1 % de l’ensemble des fractures. L’omoplate est épaisse et entourée de muscles, il faut donc un traumatisme violent pour la casser.
Résultat : dans environ neuf cas sur dix, d’autres lésions accompagnent la fracture. Le plus souvent, ce sont des côtes cassées, une atteinte du poumon, une fracture de la clavicule ou de la colonne.
C’est pour cela qu’une fracture de l’omoplate est d’abord prise en charge comme un traumatisme du thorax.
📌 À retenir : une fracture de l’omoplate est rarement isolée. Côtes, poumon et clavicule sont toujours vérifiés.
Fracture de l’omoplate : les symptômes
Les symptômes de la fracture sont souvent peu spécifiques, d’autant que d’autres blessures peuvent passer au premier plan :
- une douleur vive en haut du dos ou à l’arrière de l’épaule, qui augmente quand on bouge le bras ;
- un bras qu’on garde instinctivement collé contre le corps, soutenu par l’autre main ;
- un gonflement, parfois un hématome, à l’arrière de l’épaule ;
- une douleur à la respiration profonde, surtout si des côtes sont touchées.
Certains signes imposent une consultation en urgence, même si la fracture est déjà connue :
- un essoufflement ou une douleur dans la poitrine qui s’aggrave : une atteinte du poumon peut se révéler deux ou trois jours après l’accident ;
- des fourmillements, une perte de force, ou une main froide et pâle du côté blessé ;
- une douleur qui augmente au lieu de diminuer les jours suivants.

Radio, scanner : comment on fait le diagnostic
Les radiographies de l’épaule, prises sous plusieurs angles, montrent le plus souvent la fracture.
Le scanner, idéalement avec reconstruction en 3D, est l’examen de référence. Il précise le trajet de la fracture, le déplacement des fragments et l’atteinte éventuelle de la glène. C’est lui qui oriente le choix entre traitement sans opération et chirurgie.
Il arrive aussi que la fracture soit découverte sur le scanner du thorax réalisé aux urgences après l’accident.
Omoplate fracturée : que faire les premiers jours ?
Avec une omoplate fracturée stable, le traitement commence simplement :
- une écharpe ou un gilet d’immobilisation, coude au corps, en général pendant environ 3 semaines, nuit comprise. Elle soulage la douleur et laisse les tissus se calmer ; elle ne « plâtre » pas l’omoplate ;
- des antalgiques, selon la prescription de votre médecin ;
- du froid sur l’épaule, 15 à 20 minutes plusieurs fois par jour les premiers jours, si cela vous soulage ;
- bouger tout ce qui n’est pas bloqué : ouvrir et fermer la main, tourner le poignet, plier et tendre le coude, mobiliser doucement le cou. Ces mouvements sont autorisés dès le début et limitent l’enraidissement et le gonflement de la main.
📌 Dès le premier jour, la main, le poignet, le coude et le cou bougent. Seule l’épaule est mise au repos.
Fumer ralentit la consolidation osseuse : c’est le bon moment pour arrêter, ou au moins réduire.
Comment dormir avec une fracture de l’omoplate
Les premières nuits sont souvent les plus pénibles : allongé à plat, le poids du bras tire sur l’épaule.
Voici quelques repères pratiques, issus de l’expérience plus que des études :
- dormir semi-assis, le dos calé par des oreillers ou un coussin triangulaire, souvent plus confortable les premières semaines ;
- garder l’écharpe la nuit tant que le médecin le demande ;
- glisser un petit coussin sous le coude du côté blessé, pour que le bras ne parte pas en arrière ;
- si vous dormez sur le côté, choisir le côté sain, avec un coussin contre le ventre pour poser le bras blessé ;
- éviter de dormir sur l’épaule cassée.

Le conseil confort
Un coussin triangulaire aide à garder la position semi-assise toute la nuit, sans empiler cinq oreillers qui glissent.
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C’est une aide au confort, pas un traitement : gardez votre écharpe la nuit tant que le médecin le demande.
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Après une opération, les mêmes principes s’appliquent, avec en plus les consignes de votre chirurgien pour la cicatrice et l’attelle.
Opération ou pas ?
La grande majorité des fractures de l’omoplate se soignent sans opération.
Le corps de l’omoplate est enveloppé de muscles épais, qui le maintiennent un peu comme une attelle naturelle, et l’os consolide presque toujours.
La chirurgie (une ostéosynthèse : des plaques et des vis qui remettent les fragments en place) se discute surtout dans quelques situations :
- une fracture qui traverse la glène avec un décalage de la surface articulaire ;
- une fracture très déplacée du corps ou du col, qui modifie l’orientation de l’épaule ;
- une « épaule flottante », quand l’omoplate et la clavicule sont cassées en même temps ;
- une fracture déplacée de l’acromion ou de la coracoïde ;
- une fracture ouverte, ou associée à une instabilité de l’épaule.
📖 Que disent les études ?
Pour les fractures qui épargnent l’articulation, les synthèses disponibles retrouvent de très bons résultats avec ou sans opération.
Elles ne montrent pas de bénéfice global net de la chirurgie, sauf peut-être pour l’épaule flottante.
Ces conclusions reposent surtout sur des séries de patients, pas sur des essais randomisés. La décision se prend donc au cas par cas, avec votre chirurgien.
Temps de consolidation d’une fracture de l’omoplate
Comptez en général 6 à 12 semaines pour que l’os se ressoude. Les problèmes de consolidation sont exceptionnels, que la fracture ait été opérée ou non.
Attention toutefois : à 6 semaines, l’os commence à être solide, alors que l’épaule a souvent perdu de la mobilité et de la force.
La récupération fonctionnelle prend plus longtemps : plusieurs mois, parfois davantage pour les fractures de la glène ou en cas de lésions associées.
📌 Un os consolidé ne veut pas dire épaule récupérée. La rééducation continue bien après la consolidation.
La rééducation semaine par semaine

Le calendrier ci-dessous correspond à une fracture stable traitée sans opération. Après une opération, ou si la glène est touchée, c’est votre chirurgien qui fixe les étapes.
La douleur sert de guide. Une gêne modérée pendant l’exercice est acceptable. Une douleur qui reste plus forte pendant des heures après ne l’est pas.
| Période | Objectif | Ce qui est permis | À éviter |
|---|---|---|---|
| Semaines 0 à 3 | Protéger | Main, poignet, coude, cou ; pendule si le médecin l’autorise | Lever le bras, porter |
| Semaines 3 à 6 | Retrouver la mobilité | Mouvements aidés puis actifs, gestes légers du quotidien | Charges, bras au-dessus de la tête |
| Semaines 6 à 12 | Renforcer | Renforcement progressif, activités normales | Efforts maximaux, sports de contact |
| Après 3 mois | Retour aux efforts | Travail spécifique au métier ou au sport | Reprendre sans avoir retrouvé la force |
Semaines 0 à 3 : protéger
- écharpe jour et nuit, retirée pour la toilette et les exercices ;
- main, poignet, coude et cou, plusieurs fois par jour ;
- épaules relâchées, sans crispation : la douleur pousse à les remonter vers les oreilles ;
- selon l’avis du médecin, petits mouvements de pendule : penché en avant, le bras pend et décrit de petits cercles, sans effort musculaire.
Semaines 3 à 6 : retrouver la mobilité
- l’écharpe est progressivement abandonnée ;
- l’épaule se remet en mouvement, d’abord aidée (par l’autre main, un bâton, une poulie ou le kiné), puis de façon active ;
- les gestes légers du quotidien redeviennent possibles : manger, s’habiller, écrire ;
- toujours pas de charge lourde ni de bras tendu au-dessus de la tête.
Semaines 6 à 12 : renforcer
- objectif : récupérer toute l’amplitude ;
- renforcement progressif de l’épaule et des muscles qui stabilisent l’omoplate, avec des élastiques puis des charges ;
- exercices en appui d’abord (mains contre un mur, sur une table), puis bras libre ;
- reprise progressive des activités normales.
Le matériel utile
Pour le renforcement à la maison, un jeu de bandes élastiques de résistances différentes suffit.
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Commencez par la plus souple, et seulement quand votre kiné vous a montré les exercices.
Après 3 mois : retour aux efforts
- travail spécifique selon votre métier ou votre sport : port de charges, lancers, appuis sur les mains, gestes au-dessus de la tête ;
- reprise des sports de contact et des efforts lourds quand la mobilité et la force sont proches du côté sain, avec l’accord du médecin.
Arrêt de travail, conduite, sport : quand reprendre ?
L’arrêt de travail. Il n’existe pas de durée unique. Elle dépend de votre métier, du bras atteint (dominant ou non), d’une éventuelle opération et surtout des lésions associées.
- Un travail de bureau peut parfois reprendre une fois l’écharpe retirée, avec un poste adapté.
- Un métier de force, avec port de charges ou bras levés, attend en général au moins la consolidation, souvent plus.
Au-delà d’un mois d’arrêt, demandez une visite de pré-reprise au médecin du travail : il peut organiser une reprise progressive ou un aménagement de poste.
La conduite. Pas tant que vous portez l’écharpe : il faut pouvoir tourner le volant et réagir vite avec les deux bras. Reprenez quand vous avez retrouvé assez de mobilité et de force, après avis médical, et vérifiez les conditions de votre assurance.
Le sport.
- marche, vélo d’appartement : souvent possibles tôt, même avec l’écharpe, si les autres blessures le permettent ;
- course à pied : quand les secousses ne réveillent plus la douleur ;
- natation, musculation du haut du corps, sports de raquette : progressivement, une fois la mobilité revenue ;
- sports de contact et de combat, ski, VTT : en général pas avant 3 mois, quand la force est revenue et avec l’accord du médecin.
Les complications possibles
La fracture elle-même consolide presque toujours. Les séquelles viennent surtout de l’épaule et des tissus autour :
- des douleurs persistantes : les études les retrouvent fréquemment après ce type de fracture ;
- une raideur et une perte de force par rapport à l’autre côté ;
- une atteinte du nerf suprascapulaire, qui passe dans deux échancrures de l’omoplate. Elle se traduit par une faiblesse pour lever le bras ou le tourner vers l’extérieur, et une fonte des muscles situés au-dessus et en dessous de l’épine ;
- une arthrose de l’épaule, surtout quand la glène a été fracturée avec un décalage ;
- plus rarement, un syndrome douloureux régional complexe (algodystrophie de l’épaule) : douleur disproportionnée, gonflement, changements de couleur ou de température de la main et du bras.
📌 Parlez-en à votre médecin si une douleur ne diminue pas au fil des semaines, si une faiblesse apparaît ou si la main change d’aspect.
Ce que peut faire le kiné
Le kiné vous accompagne à chaque étape, en suivant les consignes du chirurgien.
Calmer la douleur et les tensions. Massage décontracturant de l’épaule, du cou et du haut du dos, drainage si la main gonfle. Ces techniques apportent du confort ; ce sont les exercices qui font récupérer.
Récupérer la mobilité. Mobilisations passives puis actives aidées de l’épaule, de l’omoplate et de la colonne entre le cou et le haut du dos. Au bon moment, sans brusquer la consolidation.
Renforcer. Muscles de l’épaule et stabilisateurs de l’omoplate, d’abord en appui puis bras libre, avec une progression mesurée.
Préparer le retour. Travail fonctionnel adapté à votre métier ou à votre sport, et réentraînement à l’effort après une longue période d’inactivité.
Respirer. Si des côtes ou le poumon ont été touchés, la kinésithérapie respiratoire aide à retrouver une respiration ample et à prévenir l’encombrement.
Repérer ce qui cloche. Une faiblesse qui ne progresse pas, une fonte musculaire, une main qui change d’aspect : le kiné vous réoriente alors vers le médecin.
Combien de séances ? Cela dépend de la fracture et des lésions associées. La rééducation s’étale souvent sur deux à trois mois, avec des exercices à faire chez vous entre les séances.
Le mot du kiné 💬
Avec une omoplate fracturée, le piège n’est pas de trop bouger : c’est de ne plus bouger du tout.
L’écharpe rassure, la douleur inquiète, et on garde le bras collé au corps bien après la date prévue. L’os, lui, se répare très bien. L’épaule beaucoup moins, si elle reste figée.
Respecter les délais de protection, oui. Mais dès que votre médecin donne le feu vert, chaque petit mouvement compte. Et si la fracture vient d’un accident de deux-roues ou d’une chute en sport, l’objectif n’est pas seulement de retrouver un bras qui bouge.
C’est de retrouver une épaule capable d’encaisser à nouveau.
–
Antoine Al Wazzan, kinésithérapeute du sport à Marseille. Cet article informe ; il ne remplace ni l’avis de votre médecin ni le programme fixé par votre chirurgien et votre kiné.
❓Questions fréquentes
Combien de temps porter l’attelle pour une fracture de l’omoplate ?
En général environ 3 semaines, nuit comprise, pour une fracture stable non opérée. La durée exacte dépend du type de fracture et de l’avis de votre médecin.
Peut-on bouger le bras avec une omoplate fracturée ?
Main, poignet, coude et cou : oui, dès le début. L’épaule elle-même se remet en mouvement progressivement, en général à partir de la 3e semaine, d’abord de façon aidée.
Une fracture de la glène, c’est plus grave ?
Elle touche directement l’articulation de l’épaule. Quand la surface articulaire est décalée, une opération est souvent discutée, et le risque d’arthrose à long terme est plus élevé. Une petite fracture du rebord, non déplacée, peut en revanche se soigner sans chirurgie.
Combien de temps de rééducation après une fracture de l’omoplate ?
Comptez souvent deux à trois mois, davantage en cas de fracture articulaire, d’opération ou de lésions associées. La récupération complète de la force peut prendre plusieurs mois.
Comment dormir après une opération de l’omoplate ?
Mêmes principes : semi-assis les premières semaines, coussin sous le coude, jamais sur le côté opéré. Respectez en plus les consignes de votre chirurgien pour la cicatrice et l’attelle.
J’ai encore mal alors que la fracture est consolidée, est-ce normal ?
C’est fréquent : les études retrouvent souvent des douleurs persistantes après ce type de fracture. Elles s’améliorent en général avec la rééducation et le temps. Une douleur qui ne baisse pas, une faiblesse ou une fonte musculaire méritent un nouvel avis médical.
Sources
- Zlowodzki M, Bhandari M, Zelle BA, Kregor PJ, Cole PA. Treatment of scapula fractures: systematic review of 520 fractures in 22 case series. J Orthop Trauma, 2006. PubMed
- Bi AS, Kane LT, Butler BA, Stover MD. Outcomes following extra-articular fractures of the scapula: a systematic review. Injury, 2020. PubMed
- Revue systématique des résultats après fractures du corps, du col et de la glène de l’omoplate (35 études, 822 patients), 2024. PubMed
- Stehling L, Kerschbaum M et al. Surgical vs. nonsurgical treatment of extra-articular scapula fractures: a systematic review and meta-analysis. JSES Reviews, Reports, and Techniques, 2026. Lien
- Royal Free London NHS Foundation Trust. Scapula fracture (information patient). Lien
- Lung injuries associated with scapular fractures in adult traumatic patients. PMC
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