« Est-ce que ma prothèse a un problème ? »
C’est souvent la première pensée qui vient quand une douleur apparaît au fessier, plusieurs semaines après l’opération, à un endroit où on ne l’attendait pas.
✅ Voici comment faire la différence entre ce qui est banal, ce qui se surveille, et ce qui doit vous faire réagir vite.
📍En bref
👉 Une douleur au fessier après une prothèse de hanche est fréquente, surtout dans les premiers mois, à l’effort ou en fin de journée.
👉 Elle vient le plus souvent d’une fatigue musculaire, d’une irritation de tendon ou de tissus cicatriciels encore sensibles, rarement de la prothèse elle-même.
👉 Elle doit alerter en cas de fièvre, d’aggravation brutale, de sensation d’instabilité ou d’impossibilité à poser le pied.
👉 La rééducation aide à renforcer les muscles stabilisateurs et à corriger la marche, mais ne remplace pas un avis chirurgical en cas de doute.
Un symptôme fréquent après l’opération
Une prothèse de hanche change souvent la donne : la douleur articulaire liée à l’arthrose disparaît, et marcher redevient possible sans y penser à chaque pas.
Mais dans les semaines ou les mois qui suivent l’intervention, une autre gêne apparaît parfois, à un endroit différent : le fessier.
En cabinet, cette douleur revient souvent avec les mêmes mots : « ce n’est pas la même douleur qu’avant l’opération, et c’est justement ça qui m’inquiète. »
Ce n’est pas la douleur qu’on attendait après une opération réussie, et c’est souvent ça qui inquiète le plus : pas son intensité, mais son emplacement inhabituel.
Dans la grande majorité des cas, cette douleur fessière est liée aux tissus mous autour de l’articulation : muscles, tendons, cicatrice, qui doivent encore se réadapter après la chirurgie, pas à la prothèse elle-même.
📌 Mais « la plupart du temps » ne veut pas dire « toujours », et il existe des situations où cette douleur mérite un avis médical rapide. C’est tout l’objet de cet article : vous aider à faire le tri.
Pourquoi cette douleur apparaît : les causes fréquentes
1. Faiblesse et fatigue des muscles fessiers
C’est de loin la cause la plus courante.
Selon la technique chirurgicale utilisée pour poser la prothèse, les muscles fessiers (moyen et petit fessier, ceux qui stabilisent la hanche sur le côté quand vous marchez) peuvent être écartés, voire partiellement sectionnés puis réparés, pendant l’intervention.
Même quand ce n’est pas le cas, ces muscles sont souvent affaiblis depuis longtemps avant l’opération : la douleur d’arthrose pousse à moins solliciter la hanche, et le déconditionnement s’installe petit à petit.
Résultat, dans les mois qui suivent la pose de la prothèse : ces muscles fatiguent vite, et cette fatigue se traduit en pratique par une gêne à la marche prolongée, en fin de journée ou en montant des escaliers.
2. Une irritation du tendon (tendinopathie)
Autre cause très fréquente, et souvent mal identifiée par les patients : quand la rééducation progresse un peu plus vite que ce que le tendon peut encaisser, celui-ci s’irrite : on parle de tendinopathie.
Elle se manifeste typiquement par une douleur sur le côté de la fesse ou de la hanche, qui augmente en position allongée sur le côté, en tenant en équilibre sur une seule jambe, ou en montant les marches. Elle se prend en charge en rééducation, pas en chirurgie.
🧷 Vous pensez avoir une tendinite de la hanche ? J’ai également écrit un article consacré à la tendinite du moyen fessier.
3. Une bourse irritée sur le côté de la hanche
Souvent associée à la tendinopathie : sous la peau, sur le côté de la hanche, se trouve une bourse : un petit coussin qui limite les frottements entre les tissus.
Quand elle s’irrite, elle peut provoquer une douleur qui s’accentue en position allongée sur le côté opéré, ou après une station assise prolongée.
Bonne nouvelle : elle répond en général bien à une adaptation des positions et à un travail progressif de charge.
4. La cicatrice et les tissus encore sensibles
On y pense rarement, et pourtant c’est fréquent : la cicatrice, et les tissus juste en dessous, gardent parfois une sensibilité ou une sensation de tiraillement pendant plusieurs semaines, parfois plusieurs mois, le temps que les adhérences se libèrent naturellement ou avec un travail manuel spécifique.
C’est une cause souvent sous-estimée, car on relie rarement une gêne « profonde » à la cicatrice.
🧷 Votre cicatrice tire depuis l’opération ? Découvrez également mon article : Cicatrice qui tire après une opération : que faire ?
5. Des tensions dans le bas du dos, par compensation
Une marche encore un peu modifiée après l’opération, pour éviter l’appui, par appréhension, ou par simple habitude prise avant la chirurgie, peut solliciter différemment le bas du dos et l’articulation entre la colonne et le bassin, avec une douleur qui se projette jusque dans la fesse.
Corriger la marche fait alors autant de bien que de travailler la hanche elle-même.
Les causes moins fréquentes à connaître
Certaines situations sont plus rares mais méritent d’être connues.
Des ossifications péri-prothétiques (une formation osseuse anormale dans les tissus mous autour de l’implant) peuvent limiter la mobilité et générer une gêne ; elles se confirment par imagerie.
Une irritation d’un nerf sollicité pendant l’intervention peut donner une douleur qui irradie, avec parfois des fourmillements ou un engourdissement, un symptôme qui justifie toujours d’en parler à votre chirurgien.
Enfin, une différence de longueur entre les deux jambes après l’opération peut modifier l’équilibre du bassin et entretenir une gêne fessière ; c’est un point qui se vérifie facilement en consultation.
Les signes qui doivent alerter
Ces situations ne concernent qu’une minorité de patients, mais elles justifient un contact rapide avec le chirurgien, voire les urgences, pas d’attente, pas d’auto-diagnostic :
- Fièvre, rougeur, chaleur ou écoulement au niveau de la cicatrice.
- Douleur qui s’aggrave nettement au lieu de s’améliorer avec le temps.
- Sensation d’instabilité, de hanche « qui lâche », bruits de ressaut nouveaux.
- Impossibilité ou grande difficulté à poser le pied au sol.
- Jambe qui paraît soudainement raccourcie ou tournée anormalement.
- Gonflement, chaleur et douleur au mollet, surtout dans les premières semaines post-opératoires.
- Engourdissement ou perte de force qui progresse au fil des jours.
Quand consulter : kiné, médecin ou chirurgien ?
En présence d’un seul de ces signes, direction le chirurgien ou les urgences, sans détour par la rééducation.
En dehors de ces situations, si la douleur reste progressive, liée à l’effort et sans particularité inquiétante, un bilan kiné est une première étape raisonnable, idéalement en informant aussi le chirurgien lors du prochain contrôle.
📌 Dans le doute, mieux vaut toujours vérifier avant de démarrer ou de poursuivre une rééducation.

Ce qu’un kiné peut faire face à cette douleur
Un bilan complet évalue la force des muscles stabilisateurs de la hanche, la qualité de la marche, l’état de la cicatrice et la souplesse de l’articulation.
En pratique, la prise en charge démarre presque toujours doucement : des exercices simples en position allongée, avant d’évoluer vers du travail en charge, dès que la marche redevient plus confortable.
À partir de là, la rééducation associe généralement :
- un renforcement progressif ciblé sur les fessiers,
- un travail de correction de la marche si une boiterie persiste,
- un travail des tissus mous en cas d’adhérences cicatricielles,
- et des conseils de progression de l’activité pour ne pas réveiller la douleur.

📌 Le kiné ne remplace jamais le suivi chirurgical : il le complète, en particulier quand la gêne est d’origine fonctionnelle plutôt que mécanique.
❌ Les erreurs fréquentes à éviter
- Arrêter les exercices dès la première gêne, par peur d’aggraver quelque chose, alors qu’une sensation modérée pendant l’effort de rééducation est souvent normale.
- Reprendre trop vite une activité à fort impact sans validation.
- Comparer sa récupération à celle d’un proche ou à des témoignages trouvés en ligne : chaque récupération suit son propre rythme, selon l’âge, la technique chirurgicale utilisée et l’état musculaire de départ.
- Et ignorer une boiterie qui persiste, en espérant qu’elle se corrige « toute seule » avec le temps : c’est rarement le cas sans travail actif dessus.
⌛️ Délai de récupération : à quoi s’attendre
Les premières semaines sont dominées par la cicatrisation des tissus.
Le renforcement musculaire prend ensuite le relais sur plusieurs mois, avec une amélioration progressive de la force et de l’endurance à la marche.
Certaines données de suivi montrent que la force des muscles fessiers peut continuer à progresser jusqu’à 12, voire 24 mois après l’opération avant de rejoindre celle du côté sain : un délai qui peut surprendre, mais qui reste cohérent avec ce qu’on observe en rééducation.
La récupération musculaire après une opération peut être progressive et parfois plus longue qu’on ne l’imagine.
🧷 Je vous explique pourquoi dans cet article : Récupération musculaire après immobilisation.
📌 Une gêne résiduelle modérée à l’effort n’est donc pas anormale plusieurs mois après l’intervention ; c’est sa trajectoire : s’améliore-t-elle, stagne-t-elle, ou s’aggrave-t-elle, qui doit guider la décision de consulter.
Le mot du kiné 💬
C’est un sujet que je prends le temps d’expliquer en consultation : une explication claire à ce stade évite souvent plusieurs semaines d’inquiétude inutile.
Une douleur au fessier après une prothèse de hanche n’est ni un échec de l’opération, ni un signal à ignorer par principe.
Mon rôle est surtout de vous aider à faire la part des choses entre ce qui est fréquent et attendu, ce qui se surveille, et ce qui justifie de reprendre contact avec votre chirurgien.
Une prothèse bien posée n’exclut pas un travail musculaire à faire derrière, les deux vont indéniablement ensemble.
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Antoine Al Wazzan
Masseur-kinésithérapeute du sport – Marseille
Fondateur de MonConseilKiné
Kinésithérapeute spécialisé dans le sport et la prise en charge des douleurs chroniques. Cet article est rédigé à partir de la pratique clinique quotidienne et des données de la littérature scientifique internationale.
Pour toute question, vous pouvez me contacter par mail : monconseilkine@hotmail.com
❓FAQ
Est-ce normal d’avoir mal au fessier après une prothèse de hanche ?
Oui, c’est fréquent, surtout dans les premiers mois, et rarement lié à un problème de la prothèse elle-même.
Combien de temps dure cette douleur ?
Très variable, de quelques semaines à plusieurs mois selon la cause, parfois plus d’un an pour une récupération complète de la force musculaire.
Quand s’inquiéter ?
En cas de fièvre, d’aggravation brutale, de sensation d’instabilité ou d’impossibilité à marcher.
La kiné peut-elle soulager cette douleur ?
Oui, pour les causes musculaires, tendineuses ou cicatricielles, pas pour un problème mécanique de la prothèse, qui relève du chirurgien.
Pourquoi j’ai encore mal en marchant plusieurs mois après l’opération ?
Souvent une tendinopathie de surcharge ou une compensation de marche, à faire évaluer si ça ne s’améliore pas.
Faut-il arrêter de marcher si le fessier fait mal ?
Non, sauf signe d’alerte, la marche adaptée fait partie de la récupération, à condition d’ajuster l’intensité.
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Sources
- Traitement de l’arthrose de la hanche — Assurance Maladie
- Vivre avec une arthrose de la hanche — Assurance Maladie
- Management of Greater Trochanteric Pain Syndrome After Total Hip Arthroplasty — JAAOS Global
- Lateral Trochanteric Pain Following Primary Total Hip Arthroplasty — Journal of Arthroplasty
- Degenerative gluteal tears associated with hip arthroplasty — PMC
- Superior gluteal nerve-targeted therapy in early postoperative THA — PMC
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