Avoir une douleur sous le gros orteil en marchant peut paraître un “détail” au début… jusqu’au moment où cette gêne se réveille à chaque pas, vous fait appréhender la marche, et finit par vous limiter dans vos activités les plus simples : aller travailler, faire les courses, promener les enfants, marcher pour le plaisir.
Au cabinet, beaucoup de patients me décrivent exactement les mêmes sensations :
- l’impression d’avoir un petit caillou coincé sous le gros orteil,
- un point très précis qui fait mal au moment où ils poussent pour avancer,
- une brûlure localisée après quelques minutes de marche ou de station debout.
Et très vite, les mêmes questions reviennent :
- Pourquoi cette douleur sous le gros orteil en marchant est apparue, alors que je n’ai “rien fait de spécial” ?
- Est-ce que c’est grave ?
- Est-ce que je peux continuer à marcher, ou je risque d’abîmer quelque chose ?
- Est-ce que ça va empirer si je force ?
Cet article a un double objectif :
- vous expliquer, avec des mots simples, pourquoi cette petite zone peut devenir si sensible ;
- vous donner des repères concrets : ce que vous pouvez faire, quand consulter, et ce que la kinésithérapie peut réellement vous apporter pour retrouver une marche confortable.
🧷 Il ne remplace pas une consultation, mais il vous aide à mieux comprendre ce qui se passe et à agir de manière plus sereine.
Pourquoi cette zone est-elle si sensible ?
À première vue, le dessous du gros orteil n’a rien d’impressionnant. Pourtant, il joue un rôle central dans votre marche. On pourrait presque dire que c’est un petit “carrefour mécanique” : tout est petit… mais tout est important.
Sous le gros orteil, une petite zone avec beaucoup de structures
Juste sous l’articulation du gros orteil, on retrouve :
- la tête du premier métatarsien, un os clé de votre avant-pied ;
- deux petits os particuliers : les sésamoïdes ;
- le tendon du fléchisseur du gros orteil, qui permet de plier l’orteil ;
- des ligaments qui stabilisent l’articulation ;
- un coussinet graisseux qui sert d’amorti naturel ;
- des nerfs sensibles, qui informent le cerveau de la pression, du contact, de la douleur…
📌 Tout cela tient dans un espace minuscule. Si une seule de ces structures s’irrite, c’est l’ensemble de la zone qui devient douloureuse à l’appui.
Une zone sollicitée à chaque pas
On dit souvent que le gros orteil est le “chef d’orchestre” du pas. Ce n’est pas une métaphore gratuite.
À chaque fois que vous marchez :
- votre poids se déplace vers l’avant-pied,
- votre gros orteil se plie légèrement,
- vous poussez sur cette zone pour projeter votre corps en avant.
📌 Autrement dit, même si la douleur est localisée, elle intervient sur un geste répété des milliers de fois par jour. C’est pour cela qu’une douleur sous le gros orteil en marchant peut devenir très handicapante au quotidien.
Des charges plus importantes qu’on ne l’imagine
Au moment de la poussée, la zone sous le gros orteil peut supporter 1,5 à 2 fois votre poids. Si vous marchez vite, en montée, ou que vous courez, ces contraintes augmentent encore.
C’est ce qui explique un schéma très fréquent :
- aucune douleur ou presque au repos,
- une gêne qui commence après quelques pas,
- une douleur nette au moment de la poussée, surtout si vous accélérez ou si le sol est dur.
Certains patients décrivent aussi une douleur sous le gros orteil au repos, surtout après une journée très chargée : la zone a été fortement sollicitée et reste un peu “en éveil”.
Un exemple typique au cabinet
Voilà un cas que je rencontre très régulièrement. Une patiente décide de “se remettre en forme”.
Elle se fixe un objectif de 8 000 à 10 000 pas par jour, alors qu’elle marchait peu auparavant.
Au début, tout se passe bien. Puis, au bout de quelques semaines :
- une douleur précise apparaît sous le gros orteil,
- elle commence à appréhender la marche rapide,
- elle se met à marcher “à côté” du pied pour éviter la zone douloureuse.
En l’observant au cabinet, on remarque :
- une poussée un peu brusque sur l’avant-pied,
- des chaussures avec peu d’amorti,
- une mobilité du gros orteil un peu limitée,
- une marche légèrement en rotation externe (le pied part un peu sur le côté).
- mais surtout des pieds peu préparés pour ce niveau d’activité.
Il n’y a aucune anomalie grave. Mais un cumul de petits éléments qui suffisent à irriter la zone.
Quand je lui explique le mécanisme, elle me dit souvent :
« Donc ce n’est pas que j’ai tout cassé, c’est juste que j’en ai demandé trop, trop vite ? »
Exactement. Et c’est une bonne nouvelle : ce type de douleur sous le gros orteil en marchant se corrige généralement en ajustant les charges et en rééduquant le pied.
Les causes possibles de douleur sous le gros orteil
Quand on a une douleur sous le gros orteil en marchant, on voudrait souvent qu’on nous dise : “c’est ça, point”. En réalité, il existe plusieurs scénarios, certains fréquents, d’autres plus rares.
Mon rôle, en tant que kiné, est de savoir si l’on est plutôt face à :
- une surcharge mécanique “classique”, qu’on peut travailler en rééducation,
ou - une situation qui nécessite un avis médical rapide (fracture, goutte, arthrite inflammatoire…).
Je vous présente ici les principales possibilités.
Surcharge mécanique simple : la cause la plus fréquente
C’est la situation la plus banale, mais aussi la plus fréquente.
On parle de surcharge mécanique quand la zone sous le gros orteil a reçu plus de contraintes que d’habitude, trop vite, sans préparation.
Souvent, le contexte ressemble à :
- augmentation récente du nombre de pas par jour,
- nouvelle activité (marche rapide, randonnée, fitness avec sauts…),
- période avec beaucoup de station debout,
- changement de chaussures,
- reprise d’activité après une période plus sédentaire.
Les facteurs qui augmentent la charge sur l’avant-pied :
- chaussures trop rigides, trop étroites ou très fines ;
- pied plat ou pied creux, qui modifient la répartition des appuis ;
- hallux valgus (gros orteil qui dévie vers les autres) ;
- reprise de sport trop rapide, sans progression.
Dans cette situation :
- les tissus sont irrités,
- on peut parfois localiser un petit durillon ou une zone sensible,
- mais il n’y a pas forcément de lésion grave.
📌 La bonne nouvelle : une surcharge simple, prise en charge tôt, répond en général très bien à quelques semaines de réadaptation.
Sésamoïdite : la cause typique sous le gros orteil
La sésamoïdite est l’une des causes les plus typiques de douleur localisée sous le gros orteil. Les sésamoïdes sont deux petits os situés sous l’articulation du gros orteil. Ils jouent un rôle de “poulie” et d’amortisseur pour le tendon du fléchisseur.
Quand ces petits os s’enflamment ou s’irritent, on parle de sésamoïdite.
Signes qui doivent vous faire y penser
- douleur très localisée, parfois au millimètre,
- gêne surtout au moment de la poussée,
- impression d’avoir un petit caillou sous le gros orteil,
- douleur accentuée par la marche rapide, la course, les montées, la station debout prolongée.
Contexte fréquent
- marche augmentée brutalement,
- changement de chaussures (semelles plus fines, chaussures plus “minimalistes”),
- terrain plus dur (bitume, sol sportif),
- reprise de sport “ambitieuse” après un temps d’arrêt,
- pied peu renforcé, fatigable.
📌 Si vous souffrez surtout d’une douleur sous le gros orteil en marchant, très localisée, avec une impression de petit caillou, il est possible que vous soyez justement dans un tableau de sésamoïdite.
Dans ce cas, une prise en charge un peu plus structurée est souvent nécessaire : adaptation des appuis, renforcement progressif, reprise encadrée de la marche et/ou du sport.
📖 C’est exactement ce que je propose dans mon guide kiné complet sur la sésamoïdite, conçu pour vous accompagner pas à pas, semaine après semaine, avec un programme progressif, des vidéos explicatives et des repères clairs pour savoir si vous êtes sur la bonne voie.
👉 À lire aussi : Comment soigner une sésamoïdite ?
Surcharge globale de l’avant-pied (métatarsalgies)
Parfois, ce n’est pas uniquement le dessous du gros orteil qui souffre, mais tout l’avant-pied. On parle alors de métatarsalgies : douleurs liées aux appuis sous les têtes métatarsiennes.
Ce que vous pouvez ressentir
- douleur plus diffuse sous l’avant-pied,
- parfois sensation de brûlure ou d’échauffement,
- apparition de durillons (peau épaissie) à certains points,
- gêne debout prolongée, en fin de journée ou dans certaines chaussures.
Raisons fréquentes
- chaussures fines, rigides, à talons ou à bout étroit,
- station debout prolongée (métier, attente…),
- prise de poids récente,
- modification de la marche après une autre douleur (entorse, chirurgie, lombalgie…).
📌 Dans ce cas, le dessous du gros orteil fait partie d’une zone plus large de surcharge. Le travail kiné porte sur la répartition des appuis et le renforcement global du pied.
Gros orteil raide (arthrose / hallux rigidus)
Avec l’âge, après certaines contraintes répétées, ou chez certains profils, l’articulation du gros orteil peut devenir moins mobile. On parle alors parfois d’arthrose du gros orteil ou d’hallux rigidus.
Symptômes fréquents
- difficulté à plier le gros orteil en extension,
- douleur à la montée d’escaliers, en côte, ou quand vous poussez fort sur l’avant-pied,
- parfois une petite bosse sur le dessus de l’articulation,
- gêne pour des sports qui demandent de bien pousser (course, danse, sports de terrain…).
Dans cette situation, la douleur sous le gros orteil vient souvent du fait que l’articulation est obligée de travailler dans une position qu’elle tolère mal.
La kinésithérapie va viser à :
- améliorer la mobilité restante,
- adapter les appuis,
- renforcer les structures autour pour que le pied reste fonctionnel.
Hallux valgus et autres déformations
L’hallux valgus, c’est la déviation du gros orteil vers les autres, souvent associée à une bosse sur le côté (l’“oignon”).
Même si la douleur se situe parfois sur le côté ou sur le dessus de l’articulation, cette déformation modifie les axes d’appui et peut entraîner des surcharges sous certaines zones, dont le dessous du gros orteil.
La prise en charge peut inclure :
- travail de mobilité,
- renforcement des muscles du pied,
- conseils chaussants,
- éventuellement mais non prioritaire, des semelles ou orthèses (via podologue / médecin).
Fracture de fatigue : à ne pas négliger
Plus rare, mais importante à identifier, la fracture de fatigue (ou fracture de stress) correspond à de microfissures dans l’os, liées à des micro-chocs répétés sans temps de récupération suffisant.
Elle peut toucher certains os du pied, dont les sésamoïdes ou les métatarsiens.
Signes qui doivent alerter
- douleur locale intense,
- douleur qui persiste même au repos,
- douleur très précise à la pression d’un point,
- parfois gonflement local.
📌 Dans ce cas, un bilan médical (radio, parfois IRM) est nécessaire. La rééducation intervient surtout après le diagnostic, pour accompagner la consolidation et la reprise.
Goutte : une douleur très forte, souvent nocturne
La goutte est une maladie liée à des dépôts de cristaux d’acide urique dans une articulation.
Elle touche très souvent le gros orteil, avec un tableau typique :
- crise brutale, souvent la nuit,
- articulation rouge, chaude, gonflée,
- douleur très intense, parfois insomniante,
- difficulté majeure à poser le pied.
📌 Ici, on est dans un contexte médical : il faut rapidement consulter un médecin. La kinésithérapie intervient ensuite éventuellement, pour récupérer de la mobilité.
Arthrites inflammatoires (polyarthrite, spondyloarthrite…)
Certaines maladies inflammatoires (polyarthrite rhumatoïde, spondyloarthrites…) peuvent toucher les petites articulations du pied, notamment celles du gros orteil.
Signes qui orientent vers ce type de cause
- plusieurs petites articulations douloureuses (mains, pieds…),
- raideur matinale prononcée, qui met du temps à s’améliorer,
- gonflements articulaires,
- maladie inflammatoire déjà connue.
Dans ce contexte, le kiné travaille en coopération avec le médecin et le rhumatologue.
Autres causes plus rares
Plus rarement, la douleur sous le gros orteil peut venir de :
- l’atteinte d’un petit nerf superficiel,
- une douleur projetée depuis une autre région (cheville, jambe…),
- des troubles de la sensibilité (par exemple dans le cadre d’un diabète).
Là encore, c’est l’examen clinique et le contexte global qui guident les examens complémentaires.
Quand faut-il consulter pour une douleur sous le gros orteil ?
🔴 Consultez un médecin en urgence si :
- votre gros orteil est rouge, chaud, gonflé,
- la douleur est brutale, très intense,
- vous ne pouvez plus du tout poser le pied,
- vous avez de la fièvre,
- vous êtes diabétique et le pied change d’aspect (couleur, plaie, gonflement…).
🟠 Consultez un médecin rapidement si :
- la douleur dure plus de 2 à 3 semaines,
- elle s’aggrave malgré vos adaptations,
- vous boitez clairement,
- vous suspectez une fracture de fatigue,
- vous avez des antécédents de goutte ou d’arthrite.
🔎 Un mot important si vous êtes diabétique
Si vous êtes diabétique, toute douleur sous le pied, tout changement d’aspect (rougeur, plaie, zone noire, déformation soudaine) doit être pris au sérieux.
Dans ce cas, n’hésitez pas à consulter rapidement votre médecin. Une prise en charge précoce permet souvent d’éviter des complications.
🟢 Une consultation kiné est pertinente si :
- la douleur sous le gros orteil en marchant revient dès que vous augmentez un peu votre activité,
- vous voulez reprendre la marche longue, la randonnée ou la course dans de bonnes conditions,
- vous sentez que votre marche s’est modifiée pour “protéger” le pied,
- vous souhaitez comprendre précisément ce qui surcharge cette zone et comment y remédier.
Ce que vous pouvez faire dès maintenant (si la douleur est d’origine mécanique)
Si le contexte évoque une surcharge mécanique (sésamoïdite, métatarsalgies…), il y a des actions simples qui peuvent déjà vous aider à calmer la zone, sans plonger dans le repos total.
🟢 Adapter sa marche sans tout arrêter
L’idée n’est pas de ne plus marcher du tout, mais de réduire légèrement ce qui irrite le plus la zone.
Concrètement, sur quelques jours :
- raccourcir un peu la durée de vos marches,
- marcher un peu moins vite,
- éviter les longues pentes ou descentes,
- fractionner : plusieurs petites marches plutôt qu’un seul long trajet.
Le repos absolu a tendance à rendre la zone plus sensible à la reprise.
🟢 Vérifier ses chaussures
C’est parfois l’un des leviers les plus simples.
à privilégier :
- semelle assez épaisse,
- amorti correct,
- avant-pied suffisamment large pour que les orteils ne soient pas comprimés,
- bonne stabilité.
à éviter :
- chaussures très fines, très souples,
- baskets usées (amorti “mort”),
- talons hauts ou instables.
Je précise souvent à mes patients :
« Les chaussures peuvent clairement améliorer le confort… mais ce n’est pas là que se joue la guérison. Le cœur du traitement, c’est le pied lui-même : sa force, sa mobilité, sa façon de prendre appui. »
Voyez les chaussures comme un coup de pouce, pas comme le traitement de fond.
🟢 Soulager l’appui avec un coussinet plantaire
Un coussinet en silicone placé sous l’avant-pied peut :
- soulager la pression sur la zone douloureuse,
- rendre la marche plus supportable,
- être utile sur quelques semaines, le temps d’apaiser l’inflammation.
👉 Voici un modèle de coussinet plantaire que je recommande de la marque Epitact.
Là aussi, je suis très clair :
« Le coussinet, c’est un outil de confort. Il aide à marcher mieux, mais il ne remplace pas le travail de fond sur la charge et le renforcement. »
🟢 Auto-massages doux avec une balle
Une petite balle (balle de massage, balle de tennis un peu ferme) peut être utilisée pour :
- détendre la voûte plantaire,
- diminuer les tensions autour de la zone.
👉 Exemple de balle de massage.
mode d’emploi :
- roulez la balle sous la voûte plantaire,
- 1 à 2 minutes,
- pression légère à modérée,
- restez dans une zone confortable, sans aggraver la douleur.
Évitez de rouler directement sur le point le plus douloureux, surtout si la douleur est vive.
🧷 Passer par ce lien n’augmente pas le prix et m’aide à faire vivre le site. 😉
🔴 Ce qu’il vaut mieux éviter de faire
Quand on a mal, on a souvent envie de “se débrouiller seul” en essayant beaucoup de choses différentes. Certaines sont plutôt utiles… d’autres un peu moins.
Je conseille généralement d’éviter :
- forcer systématiquement “dans la douleur” en se disant que “ça finira bien par se renforcer” ;
- arrêter complètement de marcher pendant plusieurs semaines : le pied devient plus raide et plus sensible ;
- multiplier les étirements violents du gros orteil alors que la zone est déjà irritée ;
- appuyer très fort en automassage directement sur le point le plus douloureux ;
- changer de chaussures toutes les semaines, sans logique, en espérant trouver “LA” paire miracle.
📌 Ce qui aide vraiment, ce n’est pas d’en faire toujours plus, mais de faire les bonnes choses, au bon dosage, et de s’y tenir quelques semaines.
Et si vous courez ou faites du sport ?
Si vous êtes coureur, randonneur ou que vous pratiquez un sport avec beaucoup d’appuis (sports de terrain, danse, sports de combat…), la douleur sous le gros orteil en marchant ou en courant peut être particulièrement frustrante.
Dans la majorité des cas :
- il n’est pas nécessaire d’arrêter tout sport pendant des mois ;
- en revanche, il est souvent utile de temporiser : réduire la durée, la fréquence ou l’intensité, le temps que le pied se calme ;
- on peut parfois remplacer temporairement certains entraînements (course → vélo, marche → natation…) pour continuer à bouger sans surcharger la zone.
En rééducation, on définit ensemble un plan de reprise progressive. Par exemple :
- alterner marche et course (1 minute de course / 1 minute de marche),
- n’augmenter la durée totale de course que de 5 minutes par semaine,
- surveiller la réaction du pied sur 24 heures :
- si le lendemain ça va bien → la dose était acceptable ;
- si la douleur sous le gros orteil en courant augmente clairement → on ajuste.
📌 L’objectif n’est pas de vous éloigner du sport, mais de trouver le bon dosage pour que la douleur laisse de la place à la progression.
Combien de temps la douleur peut-elle durer ?
C’est souvent LA question :
« D’accord, mais combien de temps ça va durer ? »
La réponse dépend de plusieurs facteurs :
- la cause (simple surcharge, sésamoïdite, arthrose, fracture de fatigue…),
- le temps écoulé avant de vraiment s’en occuper,
- la capacité à adapter vos activités et à laisser au pied le temps de se renforcer.
Voici des repères issus de la pratique clinique (à adapter à chaque cas, évidemment).
Surcharge mécanique simple
- premières améliorations : 7 à 10 jours,
- nette diminution : 2 à 3 semaines,
- retour à une marche confortable : 3 à 6 semaines.
À condition de ne pas continuer exactement comme avant.
Sésamoïdite
La sésamoïdite est souvent un peu plus longue, car les sésamoïdes sont sollicités à chaque pas.
- premiers progrès (adaptation + début de rééducation) : 2 à 4 semaines,
- amélioration de fond : 4 à 8 semaines,
- reprise correcte de la marche + sport léger : 8 à 12 semaines.
📌 C’est le type de situation où un programme structuré est vraiment utile, avec une progression claire semaine après semaine.
Douleur chronique (présente depuis plusieurs mois)
Quand la douleur traîne depuis longtemps, le problème n’est plus seulement local :
- la marche s’est adaptée,
- d’autres zones compensent,
- parfois la peur de la douleur se rajoute.
- premiers changements : 4 à 8 semaines,
- amélioration durable : 8 à 16 semaines.
Arthrose du gros orteil
On ne “fait pas disparaître” l’arthrose, mais on peut largement améliorer la fonction.
- diminution de la douleur + marche plus fluide : 3 à 6 semaines,
- stabilisation : 6 à 12 semaines, parfois davantage.
Fracture de fatigue
Les délais sont plus longs :
- diminution progressive de la douleur : 4 à 6 semaines,
- consolidation osseuse : 8 à 12 semaines,
- reprise sportive progressive : 12 à 16 semaines.
Ce que peut faire le kiné
Lors d’une consultation pour douleur sous le gros orteil en marchant, la première étape n’est jamais simplement “de vous faire faire des exercices”.
La priorité, c’est de comprendre :
- pourquoi cette zone s’est irritée,
- ce qui, dans votre marche ou vos appuis, entretient la douleur,
- ce que l’on peut corriger.
Concrètement, au cabinet, j’observe :
- la façon dont vous déroulez votre pas,
- comment vous répartissez vos appuis,
- la qualité de la poussée sur l’avant-pied,
- vos chaussures,
- la mobilité du gros orteil et de l’avant-pied,
- la zone exacte que vous montrez du doigt.
📌 En quelques minutes, on se fait une idée assez précise de ce qui sursollicite la zone. Souvent, ce moment d’explication est déjà très important : vous comprenez enfin que la douleur n’arrive pas “par hasard”, et surtout que l’on peut agir dessus.
Ensuite, la rééducation vise à :
- mieux répartir l’appui,
- redonner de la confiance au pied,
- augmenter progressivement sa capacité à supporter la charge.
La rééducation en pratique : comment on réhabitue votre pied
La rééducation n’est ni violente, ni spectaculaire. Ce sont de petites choses, bien choisies et répétées, qui permettent à la zone de se calmer tout en redevenant fonctionnelle.
On peut la résumer en plusieurs phases.
Phase 1 — calmer la douleur et retrouver un appui tolérable
📍Objectif : ne pas forcer, mais ne pas figer complètement la zone non plus.
Au programme :
- mobilité douce du gros orteil, sans chercher à forcer dans la douleur ;
- relâchement de la plante du pied et du mollet par des techniques adaptées ;
- réapprentissage d’un appui contrôlé, sans écraser la zone douloureuse ;
- conseils sur la marche, les chaussures, la durée d’activité.
À la fin de cette phase, on vise :
- moins de douleur à l’appui,
- moins d’appréhension au moment de la poussée,
- un pied qui “accepte” à nouveau le mouvement.
Phase 2 — renforcer le pied, progressivement et sans réveiller la douleur
📍Objectif : avoir un pied plus fort, plus stable, plus endurant.
On travaille :
- les petits muscles du pied (ceux qui soutiennent la voûte et stabilisent la base du gros orteil),
- la stabilité (équilibre sur un pied, appuis contrôlés),
- un appui de plus en plus chargé, mais toujours dans une zone bien tolérée.
Vous apprenez des exercices que vous pouvez refaire chez vous, avec des consignes claires sur la fréquence et l’intensité.
Phase 3 — réhabituer la poussée : le moment clé
Cette phase est souvent celle qui fait le plus peur au début… et qui apporte le plus de bénéfices une fois franchie.
On va progressivement réentraîner la poussée sur le gros orteil :
- petites montées sur l’avant-pied,
- exercices de transfert de poids,
- travail spécifique du déroulé du pas,
- montées et descentes d’une marche, contrôlées.
On cherche à ce que le pied puisse pousser à nouveau sans déclencher de douleur forte, et surtout sans appréhension.
Phase 4 — reprise de la marche longue et, si besoin, du sport
Une fois le pied plus solide, plus mobile et plus confiant, on élargit :
- durée de marche,
- variations de rythme,
- terrains différents (plat, montée, descente, sentiers…),
- reprise de la randonnée, de la course ou du sport pratiqué.
On suit un principe simple :
- Si le pied va bien le lendemain → la dose était adaptée.
- Si la douleur augmente nettement ou persiste plusieurs jours → on a été un peu trop ambitieux, on ajuste.
Cette logique permet de progresser sans faire de “montagnes russes” de douleur.
Le mot du kiné 💬
Une douleur sous le gros orteil en marchant est à la fois très localisée… et très envahissante dans votre quotidien. Elle touche un geste de base : marcher.
La tentation, c’est souvent de tout arrêter, par peur d’aggraver la situation. À l’inverse, certains essaient “de serrer les dents”, en espérant que ça disparaisse tout seul.
La réalité, c’est que dans la majorité des cas :
- on est face à un problème de surcharge (sésamoïdite, appuis, raideur…),
- qui se corrige bien avec un ajustement des charges, une rééducation progressive et un pied qui retrouve de la force.
Une immobilisation complète et prolongée n’est pas souhaitable : elle augmente la raideur, la perte musculaire et la sensibilité.
Mon conseil : ne laissez pas cette douleur s’installer pendant des mois en espérant qu’elle “finira bien par partir”.
Un bilan auprès de votre médecin et/ou de votre kinésithérapeute permet en général :
- d’écarter les causes graves (fracture, goutte, arthrite inflammatoire…),
- de poser un diagnostic cohérent,
- de mettre en place un plan de rééducation progressif, adapté à vos objectifs (marche, randonnée, course, sport…).
FAQ : douleur sous le gros orteil en marchant
1. Est-ce grave d’avoir mal sous le gros orteil uniquement en marchant ?
Dans la plupart des cas, non : c’est lié à une surcharge mécanique ou à une sésamoïdite. C’est gênant, parfois très douloureux, mais rarement grave.
En revanche, si la douleur est :
- très intense,
- présente au repos,
- associée à un gonflement, une rougeur, une chaleur, ou de la fièvre,
il est important de consulter un médecin rapidement.
2. Puis-je continuer à marcher ou à courir malgré la douleur ?
Oui, mais pas n’importe comment.
L’idée est de :
- rester dans une zone de douleur supportable,
- s’assurer que la douleur redescend dans les 24 heures après l’effort.
Continuer exactement comme avant, en ignorant la douleur, n’est pas une bonne stratégie.
Arrêter totalement pendant des semaines non plus. La rééducation sert précisément à trouver ce juste milieu.
3. En combien de temps ma douleur peut-elle disparaître ?
Tout dépend :
- de la cause,
- de l’ancienneté des symptômes,
- de la manière dont vous adaptez vos activités.
Une surcharge récente, prise en charge rapidement, peut s’améliorer en quelques semaines.
Une douleur présente depuis des mois demandera souvent plusieurs mois de travail progressif.
4. Les semelles ou coussinets plantaires sont-ils indispensables ?
Non, ils ne sont pas systématiques.
Ils peuvent être très utiles pour :
- améliorer le confort à la marche,
- redistribuer les appuis,
- accompagner les premières semaines de reprise.
Mais ils viennent en complément. Le cœur du traitement reste : le pied lui-même, sa force, sa mobilité, sa façon de supporter la charge.
5. J’ai mal sous le gros orteil même au repos, est-ce différent ?
Une douleur sous le gros orteil en marchant uniquement est souvent liée à une surcharge mécanique ou à une sésamoïdite : la douleur apparaît surtout à l’appui, au moment de la poussée.
Quand la douleur est présente aussi au repos, plusieurs situations sont possibles :
- irritation plus marquée de la zone (phase aiguë de sésamoïdite, surcharge importante) ;
- fracture de fatigue débutante ;
- crise de goutte ou problème inflammatoire.
Ce n’est pas forcément grave, mais c’est un signal à écouter.
Si la douleur réveille la nuit, si le pied est rouge, chaud, gonflé, ou si vous ne pouvez plus poser le pied : un avis médical rapide est recommandé.
6. J’ai une douleur sous le gros orteil en courant, dois-je arrêter complètement ?
Pas forcément, mais il est rarement utile de “forcer coûte que coûte”.
En pratique, je conseille souvent :
- de mettre en pause quelques séances de course intense (fractionné, côtes…) ;
- de revenir vers une course plus douce, en alternant marche et course si nécessaire ;
- de surveiller l’évolution sur 24 heures :
- si la douleur redescend clairement le lendemain, la charge est généralement acceptable ;
- si elle augmente nettement, c’est que le pied n’a pas encore les ressources pour encaisser cette intensité.
L’objectif n’est pas de vous éloigner du sport, mais de trouver le bon dosage pour progresser sans entretenir la douleur.
Sources scientifiques et médicales 📕
Sésamoïdite et douleurs associées
- Sésamoïdite (MSD Manual — version professionnelle)
Une description détaillée de la sésamoïdite, de sa localisation sous la tête du premier métatarsien, des facteurs mécaniques et des manifestations cliniques, avec indications diagnostiques et thérapeutiques. Sésamoïdite plantaire de l’hallux (MSD Manual) - Sesamoiditis and Sesamoid Fracture (AAOS / OrthoInfo)
Présentation anatomique des os sésamoïdes du pied, de leur rôle biomécanique, et de la différence entre sésamoïdite et fracture des sésamoïdes, avec infos sur l’examen clinique et l’imagerie. Sesamoiditis and Sesamoid Fracture (AAOS) - The assessment and management of sesamoiditis (PMC / recherche scientifique)
Article explorant la sésamoïdite comme affection inflammatoire de l’articulation métatarsophalangienne du gros orteil, ses causes liées au stress répétitif et son impact sur la marche. Assessment and management of sesamoiditis (PMC) - Sesamoiditis & sesamoid bone pain (ScienceDirect overview)
Explication du rôle des os sésamoïdes, de l’irritation symptomatique, de la douleur à l’appui et de l’aggravation liée à des contraintes mécaniques (longue marche, chaussures inadaptées). Sesamoid Bone overview (ScienceDirect)
Douleurs de l’avant-pied et biomécanique
- Les métatarsalgies : diagnostic et prise en charge (Revue Médicale Suisse)
Source professionnelle sur les douleurs de l’avant-pied (métatarsalgies), leur diagnostic et leur prise en charge clinique, utile pour comprendre le contexte plus large des douleurs sous le gros orteil. Métatarsalgies : diagnostic et prise en charge (Revue Médicale Suisse)

